jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, M. A C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision de refus de séjour :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la préfète s'est crue à tort liée par l'absence de visa de long séjour ;
- la préfète n'a pas exercé son pouvoir discrétionnaire au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né en 1984, est entré en France selon ses déclarations le 5 octobre 2007 afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 6 mai 2009. Le 24 février 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 9 juin 2023 dont il demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance du titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
3. Pour refuser la délivrance d'un certificat de résidence à M. C sur le fondement des stipulations précitées, la préfète de la Haute-Vienne a relevé que l'intéressé n'établit pas sa résidence habituelle en France de manière probante au cours des dix dernières années, notamment s'agissant des années 2014, 2018, 2019 et 2020. M. C se borne à produire pour les années 2014 et 2018 deux factures d'une seule nuitée, d'un même hôtel situé à Perpignan et dont une a été établie le 25 juillet 2023. Pour les années 2019 et 2020, il produit des attestations peu circonstanciées de personnes précisant soit le connaître depuis 2008, 2012 ou 2017, soit l'avoir fréquenté de 2014 à 2020, ainsi qu'une attestation de ses grands-parents indiquant qu'il a résidé à leur domicile de 2014 à 2019. Les pièces ainsi produites sont parcellaires et peu variées et par conséquent insuffisamment probantes pour établir la présence habituelle depuis plus de dix ans en France du requérant. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, la préfète de la Haute-Vienne a méconnu les stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. C fait valoir qu'il réside en France depuis 2007 et qu'il y a transféré l'ensemble de ses centres d'intérêt. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'ancienneté alléguée de son séjour n'est pas établie par les pièces du dossier. Le requérant est, par ailleurs, célibataire, sans enfant à charge, et s'il se prévaut de la présence de ses grands-parents titulaires de certificats de résidence de dix ans et avoir tissé des liens personnels en France, il n'établit pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale en Algérie, où résident ses parents et sa sœur. Enfin, si le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche non produite à l'appui de sa requête, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant.
6. En troisième lieu, dès lors que les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Ainsi, et alors qu'il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que la préfète de la Haute-Vienne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour au requérant dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, M. C ne saurait utilement soutenir que la préfète a commis une erreur de droit en examinant sa demande d'admission au séjour au titre du travail au regard des seules stipulations des articles 7 b) et 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié ": cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Il résulte de la combinaison des stipulations précitées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien modifié que la délivrance aux ressortissants algériens d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi.
8. M. C déclare être entré irrégulièrement en France en 2007 et n'a, par la suite, jamais disposé d'un visa de long séjour. Si l'intéressé se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée, il est constant qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié ", dès lors qu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour, tel qu'exigé par les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien. Par suite, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié au motif qu'il était dépourvu de visa long séjour. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète, après s'être livrée à un examen de la situation personnelle de l'intéressé, aurait omis de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et se serait estimé en situation de compétence liée en refusant à M. C la délivrance d'un titre de séjour du fait de l'absence de visa de long séjour.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient dépourvues de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent doivent être écartés.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le requérant n'établit pas que les décisions du 9 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. B
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026