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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301446

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301446

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 août 2023 et le 9 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la préfète de la Haute-Vienne aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que son droit à une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que par l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision méconnaît les articles 3-1 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité affectant le refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;

- les observations de Me Toulouse, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais né en 1999, est entré sur le territoire français au mois d'octobre 2018 sous couvert d'un visa long séjour afin de poursuivre des études. S'étant maintenu sur le territoire au-delà de la période de validité de son visa, il a sollicité au mois d'août 2020 la délivrance d'un titre de séjour étudiant. Par une décision du 1er mars 2021, sa demande a été rejetée et une décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise à son encontre. Le 7 avril 2023, M. C a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale, en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 7 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est le père d'un garçon, né au mois de janvier 2022 à Limoges. Le requérant produit une vingtaine de photographies sur lesquelles il apparait avec son fils à différents âges de celui-ci, qui témoignent de sa présence régulière à ses côtés, ainsi que plusieurs attestations, notamment du médecin de l'enfant, faisant état de sa présence lors des visites de suivi pédiatrique, ou de la grand-mère maternelle de l'enfant et de sa tante maternelle, qui témoignent de façon circonstanciée de l'investissement du requérant dans son rôle de père. Par ailleurs, M. C, qui fait état de son absence de ressources, produit trois preuves de transfert d'argent, au profit de la mère de l'enfant, en provenance de sa famille au Gabon, aux mois de septembre 2022, décembre 2022 et avril 2023. Dans ces conditions, et en dépit de la reconnaissance tardive par M. C de son fils, la préfète de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer un titre de séjour à M. C.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 7 juillet 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour doit être annulée. Par conséquent, les décisions par lesquelles la préfète de la Haute-Vienne a obligé M. C à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent également être annulées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Compte tenu du motif d'annulation retenu par le présent jugement, l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce conseil de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Toulouse, avocat de M. C, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Toulouse, et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. A

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