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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301470

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301470

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301470
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGRANGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 août 2023 et le 12 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Granger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, l'a privé d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une autorisation de travail dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation professionnelle.

En ce qui concerne la décision lui refusant un titre de séjour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est illégale pour les mêmes motifs que ceux invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est illégale pour les mêmes motifs que ceux invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est illégale pour les mêmes motifs que ceux invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2023 et le 23 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Par une ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2023 à 17h00.

Par une lettre du 24 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 8 août 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne l'a privé d'un délai de départ volontaire, dès lors que l'arrêté du 8 août 2023 accorde un délai de trente jours à M. A pour rejoindre le pays dont il a la nationalité.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1988, est entré sur le territoire français de façon irrégulière, selon ses déclarations, au mois de mars 2021. Le 11 octobre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 8 août 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision en date du 12 octobre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne du 20 avril 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial

n° 87-2023-054 du 24 avril 2023, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision refusant le titre de séjour sollicité vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 sur lesquelles elle se fonde. La décision indique, par ailleurs, que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il ne détient pas de visa long séjour, ce dont elle déduit qu'il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Elle ajoute qu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée fait état des conditions dans lesquelles M. A est entré sur le territoire français, ainsi que des pièces produites à l'appui de sa demande de titre de séjour mention " salarié ". Elle mentionne, par ailleurs, la présence en France de sa sœur, domiciliée à Perpignan. Il ne ressort ainsi ni de la décision attaquée ni d'aucun élément du dossier que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. Le moyen doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

7. La décision par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé la demande de titre de séjour présentée par M. A n'a pas été prise pour l'application de la décision de cette même autorité obligeant M. A à quitter le territoire français et cette dernière décision ne constitue pas la base légale de la décision de refus de titre de séjour contestée. Par conséquent, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de M. A serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du même jour l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. A est entré sur le territoire français de façon irrégulière, au mois de mars 2021 selon ses déclarations, à l'âge de 33 ans. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant. Si sa demande de titre de séjour mentionne la présence de sa sœur sur le territoire français, il ne démontre pas qu'il entretiendrait avec cette dernière des liens d'une particulière intensité. En outre, M. A n'établit pas être dépourvu de liens en Algérie, pays dont il a la nationalité, et les attestations qu'il produit, qui émanent d'un cousin et de relations amicales, ne sont pas suffisantes à démontrer qu'il aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, et en dépit de la promesse d'embauche dont le requérant dispose, ainsi que de sa participation à des cours de français, la préfète de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant un titre de séjour. Enfin, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision ne serait pas " réellement exécutoire dans le contexte géopolitique actuel " pour démontrer son illégalité.

10. En cinquième lieu, il ressort de la décision attaquée que la préfète de la Haute-Vienne a refusé la demande de titre de séjour mention " salarié " présentée par l'intéressé au motif qu'il ne justifiait pas de la détention du visa de long séjour requis par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce motif, qui n'est pas contesté par le requérant, justifie à lui seul le refus de titre de séjour opposé à la demande de titre de séjour présentée par M. A. Par ailleurs, si le requérant fait état de ce qu'il s'acquitte de son loyer, de ses efforts pour apprendre la langue française et de la promesse d'embauche dont il dispose de la part d'une entreprise de menuiserie, ces éléments ne sont pas suffisants, en particulier au regard du peu d'ancienneté de son séjour et de l'absence de démonstration de qualifications particulières en lien avec l'emploi sollicité, pour démontrer que la préfète de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant le titre de séjour sollicité. Le moyen doit par suite être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

12. La décision obligeant M. A à quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il résulte des motifs énoncés au point 4 du présent jugement que la décision par laquelle le titre de séjour sollicité par M. A a été refusé est suffisamment motivée. Par suite, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français précise les motifs pour lesquels M. A ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour et constate l'absence d'obstacle à ce qu'il quitte le territoire français. Dans ces conditions, il ne ressort ni de la décision attaquée ni d'aucun élément du dossier que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. Le moyen doit par suite être écarté.

14. En troisième lieu, et pour les motifs développés aux points 8 et 9 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En quatrième lieu, et à supposer qu'il soit opérant, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation professionnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10 du présent jugement.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

16. L'arrêté attaqué du 8 août 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A et l'a obligé à quitter le territoire français, lui accorde un délai de trente jours pour rejoindre le pays dont il a la nationalité. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 8 août 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Vienne l'a privé d'un délai de départ volontaire sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi énonce que le requérant a déclaré être de nationalité algérienne et qu'il n'a pas allégué être exposé à des peines ou traitement contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision est par suite suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne résulte, ni des motifs de la décision, ni d'aucun élément du dossier que la préfète de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A.

19. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que la décision méconnaîtrait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A au regard de son travail sont sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi et doivent par suite être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 8 août 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination doivent être écartées, ainsi que ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle la préfète de la Haute-Vienne aurait refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que ses conclusions relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2:Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Granger, et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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