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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301637

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301637

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI
Avocat requérantJUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Juillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que cet arrêté :

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entaché d'un vice de procédure en raison du non-respect de la procédure contradictoire préalable ;

- est entaché d'une erreur matérielle des faits car la prise de sang qu'il a réalisé après le contrôle routier a révélé l'absence de molécule active de THC dans son organisme ;

- il a été privé de son droit à obtenir une contre-expertise des résultats toxicologiques et que seule une analyse sanguine aurait permis de déterminer la réalité de l'infraction ;

- l'arrêté en cause est entaché d'une erreur d'appréciation car la durée de suspension est disproportionnée par rapport au motif d'ordre public invoqué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Slimani, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Slimani a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet du Puy de Dôme a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois en conséquence d'une infraction commise le 20 juillet 2023 pour conduite sous l'emprise de stupéfiants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Si M. B soutient que l'arrêté litigieux n'est pas motivé, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise le code de la route et notamment les articles L. 121-5, L. 224-1, L. 224-7 à L. 224-9, R. 224-4, R. 224-12 à R. 224-17 et mentionne que l'intéressée a fait l'objet le 20 juillet 2023 à 16h25 sur le territoire de la commune de Nébouzat d'un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route, de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire. Ainsi l'arrêté attaqué qui comporte la mention des éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé, contrairement à ce que soutient l'intéressé.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code.

5. D'autre part, compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision de suspension d'un permis de conduire sur le fondement du 2° de l'article L. 224-2 du code de la route, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité et n'est pas tenu de suivre une procédure contradictoire avant de prendre la décision attaquée.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été contrôlé le 20 juillet 2023 à 16h25 sur la commune de Nébouzat pour infraction à la vitesse avec un dépassement de 33 km/h. L'intéressé a fait l'objet d'un test salivaire dont les résultats reçus le 26 juillet 2023, soit deux jours avant l'arrêté de suspension en cause, établissent l'usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Ces circonstances étaient de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressé possède ses douze points dans son permis de conduire et n'a jamais fait l'objet d'antécédents de cette nature, ne saurait rendre moins grave les faits en litige. Ainsi, M. B entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 235-6 du code de la route : " I - Le prélèvement salivaire est effectué par un officier ou agent de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétent à l'aide d'un nécessaire, en se conformant aux méthodes et conditions prescrites par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4. / A la suite de ce prélèvement, l'officier ou l'agent de police judiciaire demande au conducteur s'il souhaite se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R. 235-11 ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus au même article. / Si la réponse est positive, il est procédé dans le plus court délai possible à un prélèvement sanguin dans les conditions fixées au II () ".

8. M. B soutient que lors du contrôle effectué le 20 juillet 2023, il ne lui a pas été proposé de solliciter une contre-expertise. Toutefois, les dispositions précitées des articles R. 235-6 et R. 235-11 du code de la route sont relatives à la mise en œuvre de la procédure pénale suivie devant la juridiction judiciaire à l'occasion de la contestation d'une infraction au code de la route punie de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire. Par suite, ce moyen ne saurait être utilement invoqué à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'autorité administrative de suspendre la validité de son permis de conduire.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I. Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () / 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; / () ".

10. Le requérant se prévaut des résultats négatifs d'une analyse réalisée par un laboratoire privé, le 14 septembre 2023, soit postérieurement à l'infraction, pour soutenir qu'il n'aurait pas consommé de stupéfiant et par suite qu'aucune infraction ne serait constituée. Toutefois, l'appréciation de la matérialité d'une infraction relève de l'office du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ne peut qu'être écarté.

11. Enfin, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'intéressé a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants lors de son contrôle le 20 juillet 2023. Il en ressort également que la vitesse retenue du véhicule qu'il conduisait était de 123 km/heure dans une zone où la vitesse était limitée à 90 km/heure. Eu égard à la gravité des infractions commises par l'intéressé, qui représentait un danger grave et immédiat pour la sécurité publique et pour lui-même, tant le principe que la durée de la suspension de la validité de son permis de conduire ne sont pas disproportionnés. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a suspendu son permis de conduire pour une durée de neuf mois.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Juillard et au ministre de l'intérieur. Une copie en sera adressée pour information au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. SLIMANI

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef

La Greffière

M. C0 0jb

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