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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301638

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301638

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023, M. B C, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé.

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis de la commission du titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du préambule de la Constitution de 1946 et de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civil et politiques ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que son départ du territoire français en 2019 ne saurait lui être reproché dès lors qu'il avait pour seul but d'exécuter l'obligation de quitter le territoire qui lui avait été notifié le 1er avril 2019 par le préfet de la Haute-Vienne.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le pacte international relatif aux droits civil et politiques du 19 décembre 1966 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-657 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant macédonien né en 1969, est entré pour la première fois en France en 2010. A la suite d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français du 1er avril 2019, le requérant a regagné son pays avant de revenir en France le 9 juin 2019. Il a sollicité le 9 mai 2023 la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en raison de sa présence en France depuis plus de dix ans. Par un arrêté du 25 août 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France et la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 1er avril 2019. En outre, le préfet indique les motifs pour lesquels l'intéressé ne peut se voir délivrer le titre de séjour sollicité, mentionne la présence de son épouse et de son fils, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

6. En premier lieu, M. C soutient que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de fait en estimant qu'il était entré en France récemment alors qu'il bénéficie d'une présence ancienne et ininterrompue de plus de dix ans sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que s'il est entré en France pour la première fois en 2010, il est retourné en Macédoine le 8 mai 2019 afin d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 1er avril 2019 à la suite de la décision de refus de titre de séjour du même jour prise à son encontre. M. C doit donc être regardé comme entré en France à la date de son retour et pour la dernière fois le 9 juin 2019. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C se prévaut d'une présence ancienne et ininterrompue de plus de dix ans sur le territoire français au cours desquels il n'a jamais cessé ses efforts d'intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit d'un précédent séjour sur le territoire français, le requérant est entré en France pour la dernière fois le 9 juin 2019, soit quatre ans à la date de la décision en litige. Si M. C fait valoir qu'il possède des liens familiaux intenses en France où vivent ses deux frères dont un l'héberge, il ne l'établit pas. Il ressort également des pièces du dossier que l'épouse et le fils du requérant sont présents en France. Toutefois, son épouse fait également l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français du même jour et la présence de son fils n'est pas attestée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Macédoine, pays dont M. C et son épouse sont originaires et dans lequel ils ont vécu la majeure partie de leur existence. Dès lors, M. C ne démontre pas avoir transféré ses liens personnels et familiaux en France nonobstant le fait que depuis son retour il participe activement et de nouveau à une activité bénévole auprès de l'association " les autres " et que plusieurs attestations soulignent son implication dans l'aide aux démunis et sa volonté d'intégration, et que par le passé il a obtenu son diplôme initial de connaissance de la langue française. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne a pu sans porter d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale refuser de lui délivrer un titre de séjour sans méconnaître ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civiques et politiques de 1966.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435. ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu, en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, et notamment de la durée de présence en France de M. C, dont la dernière entrée en France ne date que du 9 juin 2019, ce dernier n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, de sorte que le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui été dit précédemment que le refus de délivrance d'un titre de séjour à M. C n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision du 25 août 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de son épouse et de son fils, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Tierney-Hancok et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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