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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301749

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301749

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023, Mme A D épouse C, représentée par Me Pion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour " salarié " d'un an dans les mêmes conditions de délai, et à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de fait en ce que son mariage conclu le 6 avril 2019 ne peut être considéré comme récent et qu'elle indique qu'elle disposerait d'attaches familiales dans son pays alors que ses parents et son frère sont décédés ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est intervenue en violation du secret de l'instruction protégé par l'article 11 du code de procédure pénale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans leur application.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 6°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré 9 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Pion, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tunisienne née en 1987, est entrée en France le 27 septembre 2016 selon ses dires. Elle a épousé le 6 avril 2019 un ressortissant français et a sollicité le 21 février 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de Français. Par un arrêté du 17 août 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, présente sur le territoire français depuis 2016, justifie d'une vie commune avec son époux, ressortissant français qu'elle a épousé le 6 avril 2019, soit plus de quatre ans avant la date de l'arrêté en litige. Mme D établit, en outre, disposer d'une demande d'autorisation d'emploi en contrat à durée indéterminée renseignée par un hôtelier dans l'hôtel duquel elle a déjà travaillé en qualité de femme de chambre pendant dix mois. Par suite, Mme D qui établit la réalité de sa vie de couple et de son insertion professionnelle, est fondée à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de séjour opposé à Mme D doit être annulé, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le motif retenu pour prononcer l'annulation de la décision portant refus de séjour implique nécessairement, en l'absence de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que le préfet de la Haute-Vienne délivre à Mme D une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au conseil de Mme D, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous réserve de renoncement de celui-ci à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté de la préfète de la Haute-Vienne du 17 août 2023 est annulé.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme D un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Pion au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, à Me Pion et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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