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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301785

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301785

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. D B, représenté par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023, par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que la décision du 9 août 2023 rejetant le recours gracieux présenté contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- l'autorité préfectorale pouvait, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, lui accorder un titre de séjour mention " salarié " sans condition liée à l'obtention préalable d'un visa long séjour ; c'est à tort que l'autorité préfectorale a retenu qu'il ne justifiait pas de motif exceptionnel alors qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée et d'une autorisation de travail ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en estimant que le refus de titre de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né en 1998, est entré sur le territoire français muni d'un visa " travail selon APT " valable du 11 novembre 2022 au 10 mai 2023 délivré au vu d'un contrat de détachement de trois mois. Il a sollicité un titre de séjour au titre du travail. Par un arrêté du 5 juillet 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une décision du 9 août 2023, le recours gracieux formé par M. B a été rejeté. Il sollicite l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2023 ainsi que de la décision du 9 août 2023 rejetant son recours gracieux.

Sur les décisions de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir retenu que M. B ne disposait pas du visa de long séjour requis pour se voir délivrer l'un des titres de séjour prévus aux articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Haute-Vienne a examiné s'il pouvait bénéficier d'une admission au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi à supposer que le requérant ait entendu soutenir que la préfète se serait crue à tort en situation de compétence liée pour rejeter sa demande de titre salarié en raison de son absence de visa long séjour, le moyen doit être écarté. Par ailleurs, si M. B fait valoir qu'il a exercé une mission de détachement de trois mois du 15 novembre 2022 au 10 février 2023 en qualité d'assistant chef de chantier, et qu'il dispose depuis le 1er septembre 2023 d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'ouvrier d'exécution, ainsi que d'une autorisation de travail accordée depuis le 28 août 2023 au titre du contrat de travail précité, ces seuls éléments, en l'absence notamment de justification de qualification, d'une expérience ou d'un diplôme spécifique, ne permettent pas d'établir l'existence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Enfin, le requérant ne produit aucun élément démontrant que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels devraient conduire à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. C'est donc sans méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni erreur manifeste d'appréciation que la préfète de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour du requérant sur le fondement de ces dispositions et a confirmé ce rejet par sa décision du 9 août 2023.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français au mois de novembre 2022, à l'âge de 24 ans, muni d'un visa valable jusqu'au 10 mai 2023. S'il fait état de la présence en France de son père, titulaire d'un certificat de résident de dix ans, chez qui il soutient être hébergé, ainsi que d'un oncle et d'une tante, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité. En outre, le requérant ne démontre pas qu'il serait dénué de liens dans son pays d'origine, alors que son frère, Murat, a fait l'objet d'un arrêté du même jour portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le requérant, qui est célibataire et sans enfant, et qui est entré récemment sur le territoire, ne démontre pas, en dépit de l'intégration professionnelle dont il se prévaut, qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de titre de séjour présentée par le requérant, et en confirmant ce refus par sa décision du 9 août 2023, doit également être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre doit être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B contre l'arrêté du 5 juillet 2023, et contre la décision du 9 août 2023 rejetant son recours gracieux, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. DELAGE

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. DELAGE

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