jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301805 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TIERNEY-HANCOCK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2023, M. A D, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a prolongé son interdiction de retour d'une durée de deux ans et a fixé le pays de renvoi.
Il soutient que :
L'arrêté pris dans son ensemble :
- est dépourvu de motivation en ce qu'il use de formules stéréotypées ;
- a été pris par une autorité incompétente.
La décision portant refus de séjour :
- a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il ne pourra jamais rencontrer son enfant à naître ;
- a été prise en violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a jamais été condamné pour les violences perpétrées sur sa compagne, cette procédure ayant été classée sans suite ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du préambule de la Constitution de 1946, de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civil et politiques et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les décisions refusant un délai de départ volontaire et portant prolongation de l'interdiction de retour sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
La décision fixant le pays de renvoi n'est motivée ni en droit ni en fait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le pacte international relatif aux droits civil et politiques du 19 décembre 1966 ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-657 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né en 1994, est entré irrégulièrement en France en 2020 selon ses dires. A la suite de son interpellation le 15 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a pris à son encontre un arrêté l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, prolongeant l'interdiction de retour prise par un précédent arrêté du 21 février 2022 pour une durée de deux ans et fixant le pays de renvoi. L'arrêté du préfet de la Haute-Vienne ne s'étant pas prononcé sur l'admission au séjour, la demande de M. D d'annulation du refus de séjour doit être regardée comme dirigée contre l'obligation de quitter le territoire français.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-11. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. D en France et la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 21 février 2022. En outre, le préfet indique les motifs pour lesquels l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, mentionne qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il attend un enfant, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa vie privée et familiale et indique qu'en cas de retour dans son pays d'origine il n'établit pas qu'il y sera exposé, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En second lieu, Mme E B, sous-préfète de l'arrondissement de Rochechouart et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer dans le cadre des permanences et astreintes qu'elle exerce " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations ne peuvent toutefois être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naître. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant et ne peut qu'être écarté.
7. En second lieu, M. D soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 313-11 7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au demeurant remplacées par celles de l'article L. 423-23 du même code depuis le 1er mai 2021. Toutefois, cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen sera donc écarté comme inopérant.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. D soutient être présent en France depuis 2020, il ne l'établit pas. En outre, s'il se prévaut d'une relation de concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il a conçu un enfant dont une reconnaissance anticipée a été déclarée par le couple à la mairie de Limoges le 17 juillet 2023, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 15 octobre 2023 pour des faits de violences conjugales dénoncés par sa compagne. Ces faits ont donné lieu à une ordonnance de placement sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention de Limoges lui faisant obligation de ne pas se rendre au domicile de sa compagne et interdiction d'entrer en relation avec cette dernière avant sa comparution devant le tribunal correctionnel de Limoges le 21 mars 2024. Il ressort également des pièces du dossier que M. D avait été interpellé pour les mêmes faits le 20 février 2022. De même, si l'intéressé se prévaut de la présence de plusieurs membres de sa famille en France dont une tante, il n'en apporte pas la preuve. En outre, M. D n'établit pas être dépourvu de toutes attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident, selon ses déclarations, ses parents et sa sœur. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne a pu sans porter d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale l'obliger à quitter le territoire sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni le préambule de la Constitution de 1946, ni les dispositions de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civiques et politiques de 1966.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
12. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de la Haute-Vienne a retenu que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et se maintient irrégulièrement malgré un précédent arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français. De même, il s'est soustrait à une mesure d'éloignement le 19 mai 2022 en refusant de se soumettre à des tests PCR Covid et n'a pas respecté son obligation de pointage prévu par un arrêté portant assignation à résidence du 10 mai 2022 traduisant ainsi son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français qu'il a de nouveau exprimé dans le procès-verbal d'audition du 15 octobre 2023. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la prolongation de l'interdiction de retour :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant prolongation de l'interdiction de retour serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. D tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Tierney-Hancock et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026