jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2301918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DURANÇON DELPHINE |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n°2301918 enregistrée le 2 novembre 2023, qui a été transmise au tribunal à la suite d'une ordonnance de renvoi du tribunal administratif d'Orléans du 2 novembre 2023, et un mémoire enregistré le 6 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris en son entier :
- il n'est pas établi que le signataire de l'acte était de permanence le jour de l'édiction de l'arrêté attaqué ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 251-3 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en englobant un jour férié dans le délai de recours contentieux de 48 heures contre l'arrêté attaqué ne lui laissant pas le temps suffisant pour préparer sa requête ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait démontrant que sa situation personnelle n'a pas été appréciée par le préfet en tant que ce dernier mentionne le nom d'une tierce personne dans son arrêté ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale car il vit en France depuis neuf ans auprès de sa mère malade et de son frère handicapé à plus de 85 %, lesquels sont titulaires de titres de séjour et pour lesquels il est un soutien depuis notamment le décès de son père en 2021 ; en outre il a noué des relations d'amitié ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français durant un an :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article
L.251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir, représenté par la SARL Centaure avocats conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. C soutient qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 2 novembre 2023.
II- Par une requête n° 2301915 enregistrée le 2 novembre 2023 au tribunal administratif de Limoges, M. D C, représenté par Me Durançon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence sur le territoire de la ville de Châteauroux durant quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que Mme B était compétente pour signer la décision attaquée ;
- la décision attaquée lui a été notifiée en même temps que l'obligation de quitter le territoire français alors que ces deux décisions ont été prises par des autorités différentes ;
- la décision attaquée indique qu'il n'a pas les moyens de rentrer dans son pays alors qu'il dispose d'un passeport ;
- il s'occupe de sa mère malade et de son frère tous deux titulaires de titre de séjour auxquels il prodigue des soins ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée quant à l'obligation de se présenter au commissariat trois fois par semaine.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023 le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Mme Benzaïd, conseillère, a été désignée par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Benzaïd a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle le requérant, le préfet d'Eure et Loir et le préfet de l'Indre n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la jonction des requêtes nos 2301915 et 2301918 :
1. Les requêtes n° 2301915 et n° 2301918 sont relatives à la situation du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
Sur l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire pour la requête n°2301918 :
3. M. C soutient qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 2 novembre 2023 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire pour la requête n°2301915 :
4. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 14 novembre 2023. Par suite il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans cette affaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. M. C, ressortissant albanais, est entré en France en 2014 et y a demandé l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée le 18 février 2015. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de trois mesures d'éloignement prises à son encontre le 7 avril 2015, le 15 mars et le 27 décembre 2016. Il a saisi le préfet de l'Indre d'une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 30 décembre 2021, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 12 mai 2022 du tribunal administratif de Limoges, le préfet de l'Indre a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C n'a pas exécuté cette décision et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par un arrêté du 31 octobre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant un an. Puis par un arrêté du 31 octobre 2023 le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence sur le territoire de la ville de Châteauroux durant quarante-cinq jours. M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la requête n°2301918 dirigée à l'encontre de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir :
Sur l'arrêté pris en son entier :
6. L'arrêté attaqué a été signé par M. I A, directeur de cabinet, qui bénéficiait d'une délégation de signature accordée par le préfet d'Eure-et-Loir, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Gérard, secrétaire général de la préfecture, aux termes d'un arrêté n° 18-2023 du 13 avril 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 14 avril 2023 et dont l'article 11 est rédigé comme suit : " En cas d'absence ou d'empêchement de M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir, délégation de signature est donnée à M. I A, directeur de cabinet à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, mémoires, correspondances et saisines et requêtes en 1ère instance et en appel devant les juridictions de l'ordre administratif et judiciaire, pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'était pas établi par M. C que M. A n'aurait pas été de permanence à la date de la signature de l'arrêté attaqué le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Les dispositions précitées qui sont relatives aux demandes de titres de séjour sont inopérantes en tant qu'elles sont soulevées à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite le moyen doit être écarté.
8. Sauf texte contraire, les délais de recours devant les juridictions administratives sont, en principe, des délais francs, leur premier jour étant le lendemain du jour de leur déclenchement et leur dernier jour étant le lendemain du jour de leur échéance, et les recours doivent être enregistrés au greffe de la juridiction avant l'expiration du délai. Lorsque le délai expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il y a lieu, par application des règles définies à l'article 642 du code de procédure civile, d'admettre la recevabilité d'une demande présentée le premier jour ouvrable suivant. Le délai de recours contentieux est donc prorogé s'il expire un jour férié. Par suite, contrairement à ce que soutient M. C, en édictant et en lui notifiant la décision attaquée la veille d'un jour férié le préfet n'a pas décidé de raccourcir le délai qui lui était imparti pour saisir le tribunal et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entre et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, M. C a introduit sa requête dans les délais et ne fait état d'aucun élément ou pièce qu'il n'aurait pas eu le temps de porter à la connaissance de la juridiction. Par suite le moyen doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il est constant que M. C a été destinataire d'un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination en date du 30 décembre 2021. Par suite, le préfet a commis une simple erreur de plume en mentionnant le nom d'un tiers comme destinataire de cet arrêté. En outre, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de sa situation particulière. Le moyen tiré de l'erreur de fait et le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation particulière doivent être écartés.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs au regard de ceux conservés dans son pays d'origine.
11. En l'espèce, M. C se prévaut d'être en France de façon ininterrompue depuis 2014 et y être, tout particulièrement depuis le décès de son père en 2021, un soutien familial pour sa mère malade et son frère en situation de handicap, tous deux bénéficiaires de titres de séjour. Il se prévaut également d'y avoir noué de nombreux liens d'amitié. Toutefois, il ne justifie pas avoir résidé de manière ininterrompue sur le territoire national depuis cette date. En outre, après que sa demande d'asile ait été rejetée une première fois le 18 février 2015, il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement le 7 avril 2015, le 15 mars et le 27 décembre 2016 qu'il n'a pas exécutées. Par ailleurs, si M. C, célibataire et sans enfant, justifie de liens d'amitié en France mais également que son frère est atteint d'une incapacité et que sa mère est malade, il ne démontre pas que sa présence serait indispensable pour les assister au quotidien, ni qu'ils ne pourraient être accompagnés par les dispositifs médico-sociaux existants. De plus, si le demandeur se prévaut de son intégration en France en justifiant de ce que les services du ministère de l'intérieur ont fait appel à lui en décembre 2021 pour assurer une mission d'interprétariat dans le cadre d'une procédure pénale, cette seule circonstance, au demeurant isolée, ne suffit pas à faire regarder M. C comme justifiant d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, le préfet d'Eure-et-Loir, en obligeant M. C à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De plus, pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de retour :
11. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
12. L'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité dont se prévaut M. C figure au livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile intitulé " Dispositions applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille (H L200-1 à L286-2) ". Or, l'Albanie, pays dont M. C est ressortissant n'est pas membre de l'Union européenne. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.
Sur la requête n°2301915 dirigé à l'encontre de l'arrêté du préfet de l'Indre :
13. En premier lieu, par un arrêté n° 36-2021-08-30-00004 du préfet de l'Indre du 30 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 36-2021-105 du 2 septembre 2021, Mme E B, directrice des services du cabinet de la préfecture de l'Indre, a reçu délégation notamment, en l'absence ou l'empêchement du secrétaire général de la préfecture, pour signer les " arrêtés préfectoraux portant assignation à résidence ". Dans ces conditions le moyen manque en fait et doit être écarté.
14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui réside dans l'Indre, a été interpellé pour conduite d'un véhicule sans permis par les services de la DDSP d'Eure-et-Loir le 31 octobre 2023. Le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai par un arrêté du 31 octobre 2023. Le simple fait que l'arrêté attaqué lui ait été notifié le 31 décembre 2023 à 17h50 alors que l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir lui avait été notifié le même jour entre 17h45 et 17h50 n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Par suite le moyen doit être écarté.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.
16. En quatrième lieu, la simple circonstance que M. C dispose d'un passeport n'entache pas d'erreur d'appréciation l'arrêté attaqué en tant qu'il est motivé par le défaut pour M. C de disposer des moyens lui permettant de rentrer en Albanie. Le moyen doit être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; () ". Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut prendre une décision d'assignation à résidence à l'égard de l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, lorsque cet étranger : () 5° Fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant et pour laquelle le délai pour quitter le territoire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
18. La décision assignant l'étranger à résidence et celle l'astreignant à une obligation de présentation au commissariat dans l'attente de son éloignement tendent à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ et concourent à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. La décision attaquée mentionne que M. C ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre dans son pays d'origine ou dans tout pays dans lequel il serait légalement admissible et qu'il dispose d'une adresse à Châteauroux. En outre, M. C ne fait état d'aucune circonstance ni d'aucun élément qui s'opposerait à ce qu'il puisse exécuter l'obligation de présentation qui lui est ainsi faite. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision l'obligeant à se présenter au commissariat doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 31 octobre 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les conclusions à fin d'annulation présentées contre l'arrêté du même jour par lequel le préfet de l'Indre a assigné M. C à résidence durant quarante-cinq jours avec obligation de se présenter au commissariat doivent être rejetées. Par voie de conséquences, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les requêtes n°2301918 et n° 2301915 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n°2301915.
Article 2: M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n°2301918.
Article 3: Le surplus des conclusions des requêtes n°2301918 et n°2301915 de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet d'Eure-et-Loir et au préfet de l'Indre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024 à 15h00.
Le magistrat désigné,
K. BENZAIDLa greffière,
M. F
La République mande et ordonne
au préfet d'Eure-et-Loir et au préfet de l'Indre en ce qui les concernent ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
La Greffière
M. G
Nos 2301918,2301915
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026