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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2301956

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2301956

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2301956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023, par lequel la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ainsi que la décision du 5 octobre 2023 rejetant le recours gracieux à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de vingt jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 794 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

- les décisions sont entachées d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ; l'administration s'est abstenue de tout examen de la demande au regard des dispositions de régularisation pour motif professionnel à l'aune de son pouvoir discrétionnaire, en ne tenant pas compte des pièces produites dans le cadre de son recours gracieux ;

- la préfète de la Haute-Vienne a méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de renouvellement de carte de séjour mention " étudiant " ;

- la décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale protégé par le Préambule de la Constitution de 1946, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 en son article 23, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 29 et 30 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par un courrier du 14 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Brazzaville le 31 juillet 1993.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-congolaise signée le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né en 2000, est entré sur le territoire français muni d'un visa long séjour étudiant au mois de septembre 2018. Le 27 novembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son droit au séjour. Par un arrêté du 23 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 20 juin 2023, le tribunal a prononcé l'annulation de cet arrêté et enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A. Par un arrêté du 16 août 2023, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours gracieux formé par M. A a été rejeté par une décision du 5 octobre 2023. M. A sollicite l'annulation de l'arrêté du 16 août 2023 ainsi que de la décision du 5 octobre 2023 rejetant son recours gracieux.

Sur les décisions de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement rendu le 20 juin 2023 par le tribunal, que la demande présentée par le requérant que la préfecture se devait de réexaminer à la suite de l'injonction prononcée, portait en particulier sur l'opportunité de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle. Par un courrier du 29 juin 2023, l'intéressé a été invité par l'administration à présenter les éléments de nature à justifier une admission exceptionnelle en France, en produisant notamment " tout élément professionnel de nature à justifier " son admission exceptionnelle au séjour. Par un courrier reçu le 26 juillet 2023, le requérant a indiqué à l'administration qu'il ne disposait d'aucune pièce supplémentaire. La décision de refus de titre du 16 août 2023, qui vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'au vu des pièces transmises par le requérant, sa situation ne relève pas d'un motif pouvant justifier son admission exceptionnelle au séjour. Si le requérant fait état de ce qu'il a, dans le cadre de son recours gracieux, présenté deux nouvelles pièces relatives à sa situation professionnelle, consistant en une promesse d'embauche et une attestation de " future inscription " à une formation de CAP " équipier polyvalent du commerce ", datée du 12 septembre 2023, ces deux documents sont expressément visés par la décision du 5 octobre 2023 rejetant son recours gracieux, laquelle précise, après avoir notamment visé les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ces nouveaux éléments ne sont pas de nature à remettre en question la décision de refus de séjour du 16 août 2023. Par suite, il ressort des pièces du dossier que l'administration a notamment examiné, avec précision, la demande du requérant, au vu des nouvelles pièces transmises à l'appui de son recours gracieux, présentée au titre de son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande de titre de séjour mention " salarié " sur un autre fondement que celui de l'admission exceptionnelle prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Vienne se serait abstenu de tout examen à ce titre, et aurait omis d'exercer son pouvoir de régularisation, entachant les décisions attaquées d'erreur de droit, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Brazzaville le 31 juillet 1993, qui sont applicables à la situation du requérant, laquelle n'est pas régie par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ayant une portée similaire : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Il ressort de la décision attaquée et n'est pas contesté que M. A a été inscrit au titre de l'année universitaire 2018-2019 en première année de licence " ressources humaines " qu'il n'a pas validée, puis, au titre de l'année 2019-2020, en première année de BTS " négociation et digitalisation de la relation client ", qui a été interrompue en raison du Covid, et qu'il n'a par la suite pas validée. Au titre de l'année 2020-2021, M. A s'est réorienté en première année de licence " arts, lettres et langues ", mention langues et civilisations étrangères, qu'il n'a pas davantage validée. Si M. A fait état de ce qu'il a validé une formation " fibre optique et cuivre " au cours de l'année 2021-2022, et a par ailleurs produit une attestation de " future inscription " datée du 12 septembre 2023 à une formation de CAP " équipier polyvalent du commerce ", sous réserve que l'entreprise KFC signe avec lui un contrat d'apprentissage, ce nouveau projet de réorientation, qui fait suite à trois échecs successifs dans différents cursus et qui ne présente avec ceux-ci aucun lien cohérent, ne saurait démontrer le caractère sérieux de ses études. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a ni commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 9 de la convention franco-congolaise, ni entaché sa décision d'erreur de fait, en rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. A.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du dixième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 : " La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ". Aux termes de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques : " 1. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat. / 2. Le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l'homme et à la femme à partir de l'âge nubile. / 3. Nul mariage ne peut être conclu sans le libre et plein consentement des futurs époux. / 4. Les Etats parties au présent Pacte prendront les mesures appropriées pour assurer l'égalité de droits et de responsabilités des époux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution. En cas de dissolution, des dispositions seront prises afin d'assurer aux enfants la protection nécessaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français de façon régulière, afin d'y poursuivre ses études, en septembre 2018, soit cinq ans avant la date des décisions contestées. Il a fait l'objet d'un accompagnement par la mission locale de l'agglomération de Limoges dans le cadre d'un contrat dont il a respecté les engagements. S'il produit plusieurs attestations, faisant notamment état de sa relation avec une jeune femme de nationalité française, cette relation demeure récente à la date des décisions attaquées, et il n'est pas démontré que la communauté de vie dont le requérant se prévaut serait antérieure aux décisions en litige. Par ailleurs, M. A ne démontre pas qu'il serait dépourvu de liens privés et familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas, en dépit des efforts d'insertion dont il fait état, notamment au travers de son implication dans un club de football et dans une association de danse, et des contrats d'apprentissage qui lui ont été proposés, que le préfet de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations et dispositions précitées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de titre de séjour présentée par le requérant, et en confirmant ce refus par sa décision du 5 octobre 2023, doit également être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre l'arrêté du 16 août 2023 refusant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination, et contre la décision du 5 octobre 2023 rejetant son recours gracieux, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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