lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 22 et le 24 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel la préfète de la Creuse l'a assignée à résidence sur le territoire de la commune de Guéret pour une période de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- en s'abstenant de tout examen de sa demande en qualité d'étudiant, et en l'absence de motivation sur ce point, la préfète de la Creuse n'a pas sérieusement examiné sa situation ; elle justifie de circonstances exceptionnelles qui justifiaient la délivrance d'un titre étudiant sur le fondement de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de production d'un visa de long séjour ;
- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant :
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision n'est pas motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision n'est pas motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a déjà fait l'objet d'une telle interdiction ; ses effets ne commenceront à courir qu'une fois la mesure d'éloignement exécutée, or elle n'a pas quitté le territoire ; dans ces circonstances, la décision est entachée d'erreur de droit et d'un défaut de base légale.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est hébergée au sein d'une structure d'hébergement sur le territoire de la commune de Saint-Vaury et non sur le territoire de la commune de Guéret où il est assigné à résidence ; cette commune est distante du commissariat de police de Guéret de treize kilomètres et elle ne dispose d'aucun véhicule ; dans ces conditions, la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux, d'une erreur de fait, et aboutit à un traitement inhumain et dégradant prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrées le 24 novembre 2023, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 novembre 2023 sur laquelle il n'a pas encore été statué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gaullier-Chatagner, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner, conseillère ;
- les observations de Me Toulouse, représentant Mme C, qui, après avoir été mis en mesure de prendre connaissance des écritures et pièces produites par les services de la préfecture lors de la suspension d'audience, reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures ;
- les observations de M. B, représentant la préfète de la Creuse, qui, après avoir été mis en mesure de prendre connaissance des pièces complémentaires produites par le requérant durant la suspension d'audience, reprend le contenu des écritures de l'administration.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante russe née en 2002, est entrée en France le 16 octobre 2018 avec ses parents et sa sœur. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 13 octobre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 janvier 2022. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de la Creuse a fait obligation à l'intéressée de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal du 4 août 2022, puis par un arrêt de la cour administrative d'appel du 24 mai 2023. Le 10 octobre 2023, la requérante a déposé des documents, sans demande formalisée, à la préfecture de la Creuse. Par un arrêté du 17 novembre 2023, la préfète de la Creuse a refusé la demande de titre de séjour de Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 20 novembre 2023, la préfète de la Creuse l'a assignée à résidence sur le territoire de la commune de Guéret. Mme C sollicite l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 novembre 2023 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, d'admettre à titre provisoire Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.
4. Mme C a été assignée à résidence par un arrêté de la préfète de la Creuse du 20 novembre 2023. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité de l'arrêté l'assignant à résidence dont la légalité est contestée, ainsi que sur l'arrêté du même jour obligeant l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prolongeant d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français dont elle a fait l'objet. En revanche, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale les conclusions de la requérante dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
En ce qui concerne l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
7. De première part, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que la requérante a déposé, avec ses parents, une liasse de documents à la préfecture, lesquels n'étaient accompagnés d'aucune lettre ni aucun formulaire de demande de titre de séjour. Dans ces circonstances, et alors même que figuraient parmi ces documents des certificats de scolarité concernant Mme C, celle-ci ne peut être regardée comme ayant déposé une demande de titre de séjour mention " étudiant ". Dans ces conditions, la préfète de la Creuse n'était pas tenue d'examiner le droit au séjour de la requérante au regard de ses études et les moyens tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour contestée ne serait pas suffisamment motivée en ce qui concerne une demande mention " étudiant ", qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen sérieux sur ce point, et qu'elle aurait été délivrée en méconnaissance des articles L. 412-3 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et doivent être écartés.
8. De deuxième part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.
9. Mme C est entrée sur le territoire français aves ses parents et sa sœur alors qu'elle était âgée de seize ans. Si la requérante s'est maintenue durant cinq années sur le territoire français, dans les conditions rappelées au point 1 du présent jugement, elle ne démontre pas, par la seule production d'attestations émanant de relations amicales de sa famille, et en faisant état des efforts d'insertion des membres de sa famille, notamment par l'apprentissage du français, qu'elle aurait transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors que ses parents ont chacun également fait l'objet d'une décision du même jour portant obligation de quitter le territoire, et que sa sœur cadette a vocation à les accompagner. Par ailleurs, si la requérante fait état de ses études à l'université de Limoges et de son inscription en première année de licence de langue et littérature anglaise au titre de l'année 2022-2023, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas suivre ses études en Russie. Dans ces conditions, et en dépit de son implication dans ses études, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Creuse aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
10. De troisième part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
11. Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, en faisant état de la guerre engagée par la Russie contre l'Ukraine et de la qualité de réserviste susceptible d'être mobilisé de son père, la requérante ne démontre pas que la préfète de la Creuse aurait méconnu les dispositions de cet article ni commis une erreur manifeste d'appréciation dans leur application, en retenant qu'elle ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au regard de ces dispositions.
12. De quatrième part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. La décision de refus de séjour en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses parents ou de sa sœur mineure. Par ailleurs, en faisant état de ce que Maryam C, sa sœur mineure, vient de faire son entrée au lycée, ainsi que de son implication forte dans sa scolarité, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle ne pourrait poursuivre sa scolarité en Russie, la requérante ne démontre pas que la préfète de la Creuse aurait méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en lui refusant un titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision refusant un titre de séjour à Mme C, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 9 du présent jugement, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
16. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 12 et 13 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision contestée, qu'elle énonce que si le père de la requérante a allégué devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qu'il encourait le risque d'être appelé comme réserviste dans son pays d'origine, il n'a pas apporté d'éléments sur ce point dans les documents déposés auprès de la préfecture. La décision en déduit que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou traitement contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée en droit et en fait. Le moyen doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il résulte des éléments précédemment exposés que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, doit être écarté.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
21. La requérante soutient qu'elle encourt des risques de persécutions en cas de retour en Russie et produit au soutien de ses allégations un document, présenté comme l'original d'une convocation miliaire concernant son père, qui a été reçue le 4 octobre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 juin 2023 rejetant la demande d'asile présentée par son père, ainsi que d'un article de presse produit par la préfète de la Creuse, d'une part, que les " sources publiques consultées par l'Office soulignent le fait " qu'aucun rapport ne fait état de réservistes directement contraint d'une autre manière de participer au conflit " et que " les réservistes ne sont pas appelés de manière systématique et contraignante " (Office danois de l'immigration () " et, d'autre part, qu'à la date de la décision attaquée, et bien qu'une réforme soit prévue sur ce point à compter du 1er janvier 2024, l'âge limite des militaires réservistes était de cinquante ans, âge que M. C, père de la requérante, a atteint au mois d'août 2021. Dans ces conditions, le seul document produit dans le cadre de la présente instance ne permet pas d'établir que le père de la requérante est effectivement soumis à une obligation militaire, ni que sa mobilisation serait certaine dans le contexte de la guerre conduite par la Russie contre l'Ukraine, ni, par conséquent, que la requérante serait exposée à des risques personnels et actuels de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
24. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
25. Il ressort de la décision attaquée qu'elle ne contient aucune motivation en fait justifiant la mesure d'interdiction de retour figurant à l'article 4 de l'arrêté du 17 novembre 2023. Par suite, Mme C est fondée à en solliciter l'annulation en raison de son défaut de motivation.
26. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigés à son encontre, que la décision par laquelle la préfète de la Creuse a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de la requérante doit être annulée.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
27. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
28. Il ressort des pièces du dossier, en particulier d'une attestation d'hébergement signée par la cheffe de service du Comité d'accueil creusois le 21 novembre 2023, qu'à cette date, et depuis le 8 mars 2022, Mme C était hébergée " sur le dispositif d'urgence 115 " de ce comité, situé sur le territoire de la commune de Saint-Vaury, et non sur le territoire de la commune de Guéret. En outre, le document produit par la préfète de la Creuse relatif à la notification de la convocation devant le tribunal de la famille, rédigé par un lieutenant de police, confirme que le personnel du foyer rencontré à Guéret le 23 novembre 2023, à l'adresse qui figure sur la décision d'assignation à résidence, a communiqué une adresse de résidence de la famille sur le territoire de la commune de Saint-Vaury. Si, lors du déplacement du lieutenant de police à cette nouvelle adresse, celui-ci a constaté que les volets de l'appartement étaient fermés et que personne n'a répondu à ses sollicitations, ce document confirme que la requérante ne dispose pas d'une résidence sur le territoire de la commune de Guéret. Par suite, et bien qu'ait figuré dans les documents présentés par la requérante à la préfecture à l'appui de sa demande de titre de séjour une attestation d'élection de domicile portant l'adresse du 6 rue Salvador Allende, sur le territoire de la commune de Guéret, Mme C est fondée à soutenir que la décision par laquelle il a été assigné à cette adresse est entachée d'une erreur de fait.
29. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle la préfète de la Creuse a assigné à résidence la requérante sur le territoire de la commune de Guéret doit être annulée.
30. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à solliciter l'annulation de la décision du 17 novembre 2023 par laquelle la préfète de la Creuse a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ainsi que de la décision du 20 novembre 2023 par laquelle elle a été assigné à résidence sur le territoire de la commune de Guéret pour une durée de quarante-cinq jours. En revanche les conclusions à fin d'annulation de la requérante présentées contre la décision du 17 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
31. Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Toulouse une somme de 600 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: Les conclusions de Mme C dirigées contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 3 : La décision du 17 novembre 2023 par laquelle la préfète de la Creuse a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de Mme C et la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la préfète de la Creuse l'a assignée à résidence, sont annulées.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Toulouse une somme de 600 (six-cents) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Toulouse et à la préfète de la Creuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023 à 16h00.
La magistrate désignée,
N. GAULLIER-CHATAGNERLa greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
No 2302029
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026