jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de prendre une nouvelle décision, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision méconnait les dispositions de l'article 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa vie personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée par la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa vie personnelle ;
En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :
- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; () ". Aux termes de l'article R. 431-11 de ce même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de la rubrique 66 de cette liste fixée à l'annexe 10 de ce code, à l'appui d'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", sur le fondement de l'article L. 435-3 précité, le demandeur doit fournir un justificatif d'état civil, à savoir, pour une telle demande, une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription (jugement déclaratif ou supplétif).
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Enfin, l'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
5. En premier lieu, pour contester que M. C a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de 16 ans et l'âge de 18 ans, le préfet, s'appropriant les conclusions de l'analyse documentaire réalisée par la police aux frontières, rendues le 4 juillet 2023, a estimé que l'extrait du registre de l'état civil et le jugement supplétif produits par l'intéressé présentent un caractère frauduleux en raison de la présence d'une même écriture sur le jugement supplétif et l'acte de naissance et de l'absence de photographie sur les actes ne permettant pas de déterminer si le porteur en est le véritable titulaire.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces actes ont tous deux fait l'objet d'une légalisation de la part des autorités maliennes. Ainsi, l'acte de naissance et le jugement supplétif comportent, pour le premier, le tampon de l'officier d'Etat civil, et pour le second, le tampon de l'officier d'Etat civil et celui du greffier en chef du tribunal de première instance de la commune de Kayes Région de Kayes. A cet égard, le cachet de l'autorité apposé sur l'acte de naissance est jugé " de bonne qualité " et celui apposé sur l'extrait de jugement supplétif est qualifié de " qualité moyenne ". Si le jugement supplétif et l'acte de naissance comportent effectivement la même écriture, il ne peut être exclu que le jugement supplétif remis pour signature au greffe de ce tribunal n'ait été rédigé préalablement par l'officier d'Etat civil. En outre, sur la base de ces documents, M. C s'est vu délivrer une carte d'identité consulaire valable du 10 janvier 2023 au 9 janvier 2026, dont l'authenticité n'est pas contestée en dépit d'une mention manuscrite demandant la vérification de ce document auprès des autorités consulaires maliennes. Les informations se rapportant à l'identité et à la date de naissance qui y sont inscrites concordent ainsi avec celles figurant sur les documents d'état civil litigieux. Il ressort encore du jugement du 30 décembre 2021 du tribunal pour enfants E que le juge a maintenu le placement de M. C au service de l'aide sociale à l'enfance en dépit de l'acte de naissance produit et qualifié de fortement douteux par les services de police aux frontières et qu'une mesure de tutelle d'état a été rendue par le juge aux affaires familiales, statuant en qualité de juge des tutelles mineurs, en date du 24 janvier 2022. Enfin, le préfet n'apporte aucun élément de nature à établir qu'une photographie de l'intéressé devrait être apposée sur les actes de naissance ou les jugements supplétifs. Dans ces conditions, les documents présentés par M. C, à l'appui de sa demande de titre de séjour, pour justifier de son état civil, ne peuvent être regardés comme frauduleux et les mentions qui y sont portées s'agissant de son identité et de sa date de naissance, le 17 janvier 2005, font foi. En rejetant, pour ce motif, la demande de titre de séjour de M. C, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être accueilli.
7. En second lieu, eu égard à ce qui a dit au point précédent, M. C, a été accueilli et mis à l'abri par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne le 30 août 2021. Le procureur de la République a ordonné son placement provisoire le 12 novembre 2021 au service de l'aide sociale à l'enfance de la Creuse et son placement a été maintenu par jugement du 31 décembre 2021 jusqu'au prononcé d'une mesure de tutelle d'Etat le 24 janvier 2022 confiée à la présidente du conseil départemental de la Creuse. M. C, qui bénéficie encore d'une prise en charge de l'aide sociale à l'enfance en qualité de jeune majeur, a ainsi été effectivement confié à l'aide sociale à l'enfance entre 16 et 18 ans. En outre, l'intéressé justifie suivre, depuis le 7 mars 2022 et encore à la date de la décision attaquée, une formation donnant lieu à la délivrance d'un certificat d'aptitude professionnelle de cuisine en apprentissage, pour laquelle ses professeurs soulignent les efforts produits et l'encouragent à progresser, quoiqu'il rencontre encore des difficultés, notamment dans la compréhension de la langue écrite, ce qui le pénalise encore. Son employeur souligne pour sa part les qualités de M. C dans son attestation d'assiduité du 23 octobre 2023. Ainsi, à la date de la décision attaquée, il poursuit une formation qualifiante en qualité d'apprenti. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne serait pas dépourvu d'attaches familiales au Mali, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant la demande de séjour de l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 octobre 2023 par laquelle la préfète de la Creuse a rejeté sa demande de titre de séjour, de même que, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle elle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. C.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Marty, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Marty d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel la préfète de la Creuse a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi est annulé.
Article 2:Il est enjoint à la préfète de la Creuse de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:Il est mis à la charge de l'Etat le versement à Me Marty de la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil de M. C renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Marty et à la préfète de la Creuse.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026