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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2302066

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302066

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023, par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- sa maladie nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, contrairement à ce qu'indique l'administration, l'offre de soins en Guinée ne lui permet pas d'être soigné, seuls les plus aisés pouvant bénéficier de soins ;

- il entretient une relation stable avec une demandeuse d'asile bénéficiaire d'une attestation valable jusqu'au mois de février 2024 qui est enceinte et dont il a reconnu l'enfant à naître ; il n'a plus de famille en Guinée et sa seule famille est donc en France ; la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- il n'entre dans aucune des situations permettant la notification d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ; l'administration évoque une décision du mois de septembre 2019 dont il n'a pas eu connaissance de sorte qu'il ne peut être regardé comme s'y étant soustrait ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle sera annulée en raison de l'annulation des autres décisions ;

- son éloignement met en danger sa vie en l'absence des traitements adéquats.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- sa situation familiale et personnelle peut être assimilée à des circonstances humanitaires justifiant qu'une telle mesure ne soit pas édictée ; le préfet n'a pas examiné sa situation malgré les nouvelles informations dont il a fait état au moment de la notification de la décision ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par une ordonnance du 29 novembre 2023, le tribunal a fixé la clôture au 28 décembre 2023 à 17h00.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1998, est entré sur le territoire français de façon irrégulière, en 2016 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 novembre 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2019. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 23 septembre 2019. Le 14 avril 2023, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 6 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français durant un délai d'un an. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise un avis émis le 4 juillet 2023 par le collège des médecins de l'Ofii, produit par l'administration, selon lequel, si l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire. En se bornant à soutenir, sans produire aucun élément de nature à étayer ses allégations, que l'offre de soins en Guinée ne lui permettrait pas d'être soigné car seule la population aisée pourrait y bénéficier de soins, le requérant ne démontre pas que la décision de refus de titre en litige serait entachée d'illégalité.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. A affirme être entré sur le territoire français, de façon irrégulière, au cours de l'année 2016, à l'âge de 18 ans. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 novembre 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 19 septembre 2019. S'il affirme, sans au demeurant l'établir, s'être maintenu durant sept ans sur le territoire français, et fait en outre état d'une relation avec une ressortissante guinéenne disposant d'une attestation de demandeur d'asile, laquelle est enceinte d'un enfant qu'il aurait reconnu au mois de novembre 2023, il ne produit aucun élément pour confirmer l'existence ou la durée de cette relation, dont il n'a d'ailleurs même pas fait mention lors du dépôt de sa demande de titre de séjour au mois d'avril 2023. Dans ces conditions, et alors même qu'il aurait fait état de l'existence de cette relation postérieurement à la décision attaquée, lors de sa notification en préfecture, M. A ne démontre pas qu'il aurait noué sur le territoire français des liens privés et familiaux d'une particulière intensité. Enfin, il ne prouve pas qu'il serait dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que le préfet de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Le moyen doit être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

6. Il ressort de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire et qu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 23 septembre 2019 par la préfète de la Creuse. Si M. A soutient qu'il n'a pas eu connaissance de cet arrêté, le préfet a produit un avis de réception faisant état de sa distribution le 30 septembre 2019, lequel avis, malgré le caractère illisible de l'adresse mentionnée sur celui-ci, ne fait l'objet d'aucune contestation de la part du requérant. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en faisant application des dispositions précitées à la situation de M. A.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Le moyen doit par suite être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ou de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement, le requérant n'établit pas que la décision fixant le pays de destination mettrait sa vie en danger en l'absence de traitement adéquat dans son pays d'origine. Le moyen doit par suite être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

11. En se bornant à soutenir que sa situation familiale et personnelle peut être assimilée à des " circonstances humanitaires " au sens des dispositions précitées, M. A, qui ne produit aucun élément de nature à attester de la réalité de sa relation ou de la durée de celle-ci, ne démontre pas que le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en assortissant la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, ni que cette décision aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, la circonstance qu'il ait " fait état de sa situation familiale et personnelle " lors de la notification de l'arrêté, est sans influence sur la décision attaquée et n'est pas de nature à démontrer qu'il aurait effectivement présenté un recours gracieux à son encontre. Au demeurant, il ne produit aucun élément permettant d'étayer la matérialité des éléments dont il aurait fait état lors de la notification de la décision, et qui démontreraient la réalité des liens personnels qu'il aurait tissé sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés, tout comme le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas réexaminé sa situation malgré de nouvelles informations.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre l'arrêté du 6 septembre 2023 refusant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

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