mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302101 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 décembre 2023 et le 9 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Pion, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 du préfet de la Corrèze portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour pour une durée de 3 ans et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Corrèze de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est illégale faute d'avoir été précédée de l'avis de la commission du titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise sans que n'ait été respectée la procédure contradictoire préalable ;
- le préfet, en retenant que son comportement constituait une menace pour l'ordre public a méconnu le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- le préfet ne s'est pas livré à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martha ;
- et les observations de Me Pion, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, né le 22 juillet 2002 et de nationalité guinéenne est entré en France démuni de documents d'identité et de voyage en février 2018. Il a été placé provisoirement à l'aide sociale à l'enfance des Deux-Sèvres le 15 mars 2018. Un titre de séjour lui a été délivré en application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 17 juillet 2021, lequel a été renouvelé jusqu'au 10 octobre 2023. Le 26 septembre 2023, l'intéressé a sollicité le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 1er décembre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Corrèze a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 3 ans.
Sur le refus de titre de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L. 433-1 de ce même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.
4. M. B, entré en France en 2018 à l'âge de 15 ans en tant que mineur non accompagné et placé auprès de l'ASE, s'est vu délivrer le 17 juillet 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel a été renouvelé jusqu'au 10 octobre 2023. L'intéressé ne justifie pas qu'à la date de sa demande de renouvellement de ce titre de séjour en septembre 2023, ni même à la date de son incarcération en mai 2023, il suivait une formation ou occupait un emploi. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé est en détention depuis le 15 mai 2023 et qu'il a été condamné à deux reprises depuis 2021 par le tribunal correctionnel de Niort, d'abord le 4 novembre 2021 à 6 mois d'emprisonnement pour des faits commis le 16 juin 2021 d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, tentative d'agression sexuelle, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et rébellion, ensuite le 15 mai 2023 à 8 mois d'emprisonnement pour des faits de violences commises le 13 mai 2023 sur un militaire de la gendarmerie suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours aggravée par une circonstance. Par suite, il n'est pas établi que M. B, qui ne justifie pas d'une insertion sociale suffisante, remplissait effectivement les conditions pour prétendre au renouvellement du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 423-22 du code précité. Dans ces conditions, le préfet de la Corrèze n'était pas tenu de soumettre le cas de M. B à la commission du titre de séjour avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut donc qu'être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient donc, lors du dépôt de sa demande, de produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande, et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Par conséquent, le droit de l'intéressé d'être entendu implique seulement que l'autorité administrative prenne en compte ces nouveaux éléments, mais n'impose pas à cette dernière, de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur cette mesure d'éloignement ou les mesures qui assurent son exécution. En outre, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
6. En l'espèce, le requérant a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour dans laquelle il a pu faire valoir, de manière utile et effective, l'ensemble des éléments pertinents pour l'examen par le préfet de son droit au séjour. Il ne pouvait donc ignorer que sa demande était susceptible de faire l'objet d'un rejet et qu'il serait placé dans l'obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, le requérant n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet des éléments qui auraient pu influer sur le sens de la décision attaquée. Par suite, le préfet, qui n'était pas tenu de recueillir une nouvelle fois ses observations préalablement à l'édiction de la décision d'éloignement contesté, n'a ainsi pas méconnu les droits de la défense et le droit d'être entendu. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français l'étranger lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ". Au vu de la gravité, du caractère récent et répété des faits commis par M. B en 2021 et en 2023, faits pour lesquels il a été condamné à une peine d'emprisonnement globale de 14 mois dans les conditions indiquées au point 3, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en retenant, entre autre fondement pour prononcer une mesure d'éloignement à l'encontre de M. B, que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet n'aurait pas examiné de façon suffisamment approfondie la situation personnelle et familiale de l'intéressé.
9. En quatrième lieu, le requérant est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas du suivi d'une scolarité ou d'une formation, ni qu'il occupait un emploi avant son incarcération en mai 2023. Par ailleurs, les faits pour lesquels il a été condamné dans les conditions exposées au point 3 démontrent une insertion sociale insuffisante et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, quand bien même l'intéressé est entré en France à l'âge de 15 ans et justifie d'une durée de présence en France de 6 ans à la date de la décision en litige, c'est sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet l'a obligé à quitter le territoire français.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 13 février 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
Au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La greffière,
M. A
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026