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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2302151

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302151

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née en 1994, est entrée en France le 11 août 2020 munie d'un visa de long séjour " vie privée et familiale " valable du 21 juillet 2020 au 21 juillet 2021, en tant que conjointe d'un ressortissant français. Elle a bénéficié par la suite d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 4 août 2021 au 3 août 2023. L'intéressée a sollicité, le 15 mai 2023, dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour, un changement de statut par la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 2 novembre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. D'une part, l'article 3 de l'accord franco-marocain stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. / () Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ".

3. D'autre part, selon les dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-2 du code du travail : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : / () / 16° Le titulaire d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un document provisoire de séjour portant la mention "autorise son titulaire à travailler" ". L'article R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

4. En prévoyant que le titre de séjour est délivré " sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes ", les parties à l'accord franco-marocain ont entendu soumettre la délivrance du titre de séjour mention " salarié " à une autorisation de travail accordée par l'autorité administrative française dans les conditions et selon les modalités fixées par le code du travail, et notamment par ses articles R. 5221-20 et R. 5221-21.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire de demande de titre de séjour renseigné par Mme A le 15 mai 2023, qu'elle a sollicité dans le cadre du renouvellement de son titre mention " vie privée et familiale ", la délivrance d'un premier titre de séjour mention " salarié " précisant à cette occasion souhaiter rester à Limoges et avoir un contrat de travail à durée indéterminée. Elle joignait à sa demande un contrat de travail à durée déterminée pour la période du 5 février 2023 au 3 août 2023 auprès de la société GMS informatique services. Le préfet l'a alors informée que la délivrance d'un titre " salarié " était subordonnée à la présentation d'une autorisation de travail et l'invitait à compléter son dossier dans un délai de trente jours. Toutefois, la requérante n'a pas donné suite à cette demande ni n'a entamé de démarche sur le site internet communiqué par le préfet sur lequel sont déposées les demandes d'autorisation de travail. Elle ne peut prétendre à la dérogation prévue par les dispositions de l'article R. 5221-2 du code du travail en se prévalant de la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler qui lui a été délivré, à titre provisoire, jusqu'en février 2024, lequel avait seulement vocation à régir l'instruction de sa demande. La circonstance qu'un contrat de travail à durée indéterminée signé avec la société KFC, le 22 septembre 2023, n'ait pas été mentionné dans l'arrêté attaqué est sans incidence dès lors que ce contrat n'a non seulement pas été communiqué au préfet dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de la requérante mais au surplus n'était pas accompagné d'une demande d'autorisation de travail de l'employeur. Par suite, dès lors qu'il est constant que Mme A ne bénéficiait pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes au sens des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, le préfet de la Haute-Vienne, n'a pas méconnu les dispositions de l'article R. 5221-2 du code du travail ni commis une erreur de droit en lui refusant, pour ce seul motif, la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ".

6. Aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'entrée en France de Mme A est relativement récente, trois ans au jour de l'arrêté attaqué. L'intéressée, séparée de son époux depuis le 11 août 2021 et dont le divorce a été prononcé par un jugement du tribunal judiciaire de Versailles le 10 novembre 2023, n'a pas d'enfant à charge. Si elle se prévaut de ses attaches fortes avec sa sœur et son beau-frère chez lesquels elle réside ainsi que de relations amicales, leur caractère récent n'est pas de nature à justifier de liens d'une intensité particulière sur le territoire français. De même, si elle soutient avoir exercé plusieurs emplois pour une durée cumulée d'environ dix mois, être inscrite au permis de conduire et avoir sollicité un logement social, ces différents éléments ne sont pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Enfin, elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents ainsi que trois de ses frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Vienne n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, il ne résulte pas de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que la décision portant refus de séjour serait entachée d'illégalité. Par suite, Mme A ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ne portent pas une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ni ne sont entachées d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

lg

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