jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 14 décembre 2023, les 5 et 8 janvier 2024, le 19 janvier 2024 et le 30 janvier 2024, Mme A C, représentée par Me Roux, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 794 euros, à verser à son conseil et valant renonciation à l'aide juridictionnelle, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- il ne ressort pas de la lecture de la décision que le préfet aurait réellement examiné la situation de l'intéressée à l'aune de son pouvoir discrétionnaire, les dispositions de l'article L. 425-10 n'étant pas applicables aux ressortissants algériens ; la décision est entachée d'erreur de droit ;
- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; il appartient à l'administration de justifier de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) ainsi que celle du rapport du médecin rapporteur de l'Ofii, sa date, sa transmission et le respect des formes et délais réglementaires ; il lui appartient de démontrer que l'avis de l'Ofii a été rendu à l'occasion d'une délibération collégiale ;
- elle méconnaît le préambule de la Constitution de 1946, le pacte international de 1966, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle conteste la possibilité pour sa fille de bénéficier d'un traitement approprié en Algérie ; les sondes prescrites en France ne sont pas disponibles en Algérie ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'intérêt supérieur de l'enfant et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de l'état de santé de sa fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Il soutient que les moyens présentés par la requérante sont infondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née en 1982, est entrée en France au mois de novembre 2022 munie d'un visa de court séjour, accompagnée de l'une de ses enfants, âgée de 14 ans. Elle a sollicité le 25 novembre 2022 la délivrance d'une carte de résident algérien en raison de l'état de santé de sa fille. Par un arrêté du 19 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. /Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 de ce même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). "
3. Aux termes de de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. ".
4. Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision. Par ailleurs, une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.
5. De première part, il ressort des termes de la décision attaquée, rendue au visa de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, que le préfet de la Haute-Vienne a entendu faire application à " titre dérogatoire " des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision, si elle tient compte de l'avis émis par le collège des médecins de l'Ofii, énonce qu'aucune pièce du dossier présenté par la requérante ne vient contredire le sens de cet avis, ce dont il résulte que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation médicale de sa fille. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas réellement examiné la situation de l'intéressée au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation et aurait entaché la décision d'erreur de droit doivent être écartés.
6. De seconde part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du bordereau de transmission du directeur territorial de l'Ofii de Limoges du 15 septembre 2023, qu'un rapport médical établi le 4 juillet 2023 par un médecin de l'Ofii dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour liée à l'état de santé de l'enfant de la requérante a été transmis au collège de médecins le 21 juillet 2023. Il ressort également de l'avis de ce même collège qui mentionne, alors d'ailleurs qu'aucune disposition ni aucun principe ne l'impose, l'identité du médecin rapporteur, que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège ayant émis un avis le 15 septembre 2023 sur la situation médicale de la fille de la requérante. En outre, ce collège a rendu son avis dans une formation composée de trois médecins, dont les signatures figurent sur l'avis. Enfin, si Mme C soutient que le préfet doit établir que les formes et délais réglementaires de l'arrêté du 27 décembre 2016 et de ses annexes ont été respectés, elle n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de ce que la procédure médicale et administrative devant le collège des médecins de l'Ofii, prise dans ses différentes branches, aurait été viciée, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des dispositions et stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Mme C est entrée sur le territoire français un an avant la décision attaquée, accompagnée de sa fille âgée de 14 ans. Elle se prévaut principalement au soutien de sa demande de l'état de santé de sa fille, née prématurément, qui souffre de multiples affections, bénéficie d'un suivi en urologie et a subi de nombreuses opérations médicales. Selon un avis émis par le collège des médecins de l'Ofii le 15 septembre 2023, si l'état de santé de la jeune fille nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier en Algérie d'une prise en charge adaptée à son état de santé. Afin de remettre en cause cet avis, la requérante indique que le salaire de son mari ne permet pas de prendre en charge les médicaments et les soins pour sa fille, et qu'elle a fait à plusieurs reprises des demandes de dons. Elle produit un " rapport médical " du 12 novembre 2023 selon lequel sa " pathologie nephro urinaire complexe associée aux comorbidités décrites rend sa prise en charge difficile vu les moyens de prise en charge absents en Algérie ", une attestation d'un urologue du 21 décembre 2023 énonçant que son état nécessite des autosondages vésicaux à vie, et des ordonnances faisant état de la non disponibilité de la sonde urinaire " Coloplast " prescrite en France. Si ces éléments confirment la nécessité d'une prise en charge de l'intéressée, ainsi que l'existence de contraintes dans l'accès au traitement, ils ne démontrent pas que les traitements nécessaires à sa prise en charge seraient inaccessibles en Algérie, ainsi qu'elle le soutient, notamment en ce qui concerne les sondes nécessaires à son état de santé, dont il n'est pas démontré que le modèle non disponible dans plusieurs pharmacies n'aurait pas d'équivalent accessible. Par ailleurs, la requérante, qui affirme " qu'il n'y a pas de système de sécurité sociale performant en Algérie ", n'apporte aucun élément étayé concernant le coût des traitements nécessaires, les ressources dont elle dispose et la couverture sociale à laquelle elle pourrait prétendre, alors que l'administration fait, quant à elle, état d'un système de couverture maladie pour les salariés et les non-salariés. Dans ces conditions, la requérante, qui ne démontre pas que sa fille ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge de ses pathologies en Algérie, et dont le mari ainsi que les autres enfants sont demeurés dans son pays d'origine, n'établit pas que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par le préambule de la Constitution de 1946, l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, une atteinte disproportionnée. Le moyen doit par suite être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
10. Si Mme C soutient que l'intérêt de sa fille est de vivre en France, pays dans lequel elle bénéficie de soins adaptés à sa pathologie, il ressort des développements qui précèdent que le traitement adapté à l'état de santé de la jeune fille est disponible en Algérie, et il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait y accéder effectivement. Le moyen tiré d'une violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et le pays de renvoi :
11. Eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient dépourvues de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent doit être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, la requérante n'établit pas que les décisions du 28 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi méconnaissent les stipulations des articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
14. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
15. La décision attaquée, qui vise ces dispositions, énonce que la présence en France de la requérante est récente et qu'elle ne démontre pas avoir transféré de manière stable et durable le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans en Algérie où se trouvent son époux et ses deux autres enfants. Cette décision vise ainsi expressément la durée de sa présence sur le territoire et ses liens avec la France. Si elle ne fait pas état d'une précédente mesure d'éloignement et n'évoque pas l'existence d'une menace pour l'ordre public, l'absence de ces éléments, qui ne trouvaient pas à s'appliquer à la situation de Mme C, ne caractérise pas une insuffisance de motivation de la décision attaquée. Le moyen doit par suite être écarté.
16. En deuxième lieu, en se bornant à faire brièvement référence à la " particulière gravité de l'état de santé " de sa fille, la requérante ne démontre pas que la décision contestée serait entachée d'erreur d'appréciation. Au demeurant, il ressort des développements qui précèdent que la requérante ne démontre pas que sa fille ne pourrait pas effectivement accéder au traitement adapté à son état de santé en Algérie. Enfin, il n'est pas contesté que la présence en France de Mme C était récente à la date de la décision contestée, et il ressort des pièces du dossier, d'une part, que son époux et ses deux autres enfants résident en Algérie et, d'autre part, qu'elle ne dispose d'aucune attache familiale en France. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas que la décision portant interdiction de retour en France pendant une durée d'un an serait entachée d'erreur d'appréciation. Le moyen sera écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C à l'encontre de l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel la préfète de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a opposé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées, ainsi que par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
La Greffière,
M. B
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026