vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2302192 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GAFFET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 20 et 28 décembre 2023, M. E A F D, représenté par Me Gaffet, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Vienne sur la commune de Limoges, pour une période de quarante-cinq jours allant du 20 décembre 2023 au 3 février 2024 ;
Il soutient que :
Les arrêtés pris dans leur ensemble :
- sont entachés d'incompétence ;
- en ce qui concerne les conditions de notification des décisions, rien ne permet de savoir comment il s'est trouvé maintenu à la brigade de gendarmerie de Feytiat ; il a été interpellé lors d'un contrôle routier ; il convient de pouvoir vérifier si son interpellation a été régulière ; la procédure est entachée d'un défaut de contradictoire.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il travaille depuis novembre 2019 ; qu'il est parfaitement intégré dans la société française où il a transféré son domicile et son cadre familial ; qu'il vit en concubinage .
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le motif tiré d'un défaut d'intégration est inexact car il paye ses charges et impôts et ne contrevient pas à l'ordre public.
La décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de M. F D n'est fondé.
M. F D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 20 décembre 2023 à laquelle il n'a pas encore été statué à la date du présent jugement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. Franck Christophe, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. H,
- et les observations de Me Gaffet, représentant M. F D, qui a repris les éléments développés dans ses écritures et a insisté sur l'exercice par l'intéressé d'un métier en tension qui au regard de la future loi sur l'immigration pourrait conduire à sa régularisation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant brésilien né en 1984, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Le 18 décembre 2023, il a été interpellé dans le cadre d'un contrôle routier alors qu'il était dépourvu de tout document d'identité ou de voyage. Par deux arrêtés du 19 décembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et a fixé le pays de renvoi, d'autre part l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. F D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 20 décembre 2023 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, d'admettre à titre provisoire M. F D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les deux arrêtés pris dans leur ensemble :
4. En premier lieu, Mme C G, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 19 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire et fixant le pays de renvoi, ainsi que de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence de M. F D, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'appréciation des conditions d'interpellation et d'audition par les services de gendarmerie d'un étranger relève de la compétence des autorités judiciaires. Dès lors, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de l'interpellation du requérant. En tout état de cause, les mesures contestées, eu égard à leur nature et à leur objet, ne sont pas conditionnées par la régularité d'une interpellation par les services de gendarmerie. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle d'identité auquel le requérant a été soumis est inopérant à l'égard des arrêtés attaqués. En outre, et à supposer que le requérant ait entendu soulever un moyen relatif aux conditions de la notification des deux arrêtés en litige, les conditions de notification de ces décisions sont sans incidence sur la légalité des décisions prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, lui interdisant le retour sur le territoire français et l'assignant à résidence.
6. Le moyen tiré de ce que la procédure administrative ayant précédé les arrêtés en litige serait entachée d'un défaut de contradictoire n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de gendarmerie établi le 18 décembre 2023, que le requérant a été mis en mesure de présenter des observations quant à sa situation familiale, son état de santé, sa résidence, ainsi que les conditions de son entrée sur le territoire et sa situation administrative et M. F D ne fait état d'aucun élément démontrant qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prises les décisions attaquées. Par suite, il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que les arrêtés en litige auraient été pris en méconnaissance du droit d'être entendu.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. F D soutient qu'il travaille depuis novembre 2019 et qu'il ne saurait lui être reproché de chercher à travailler irrégulièrement pour obtenir un titre de séjour, il ressort toutefois des pièces du dossier et n'est pas contredit par l'intéressé, qu'il n'a à ce jour déposé aucune demande de titre de séjour notamment au regard de son activité professionnelle. En outre, c'est en méconnaissance de l'obligation de détenir une autorisation de travail pour exercer une activité professionnelle que M. F D a occupé un poste de manutentionnaire-triperie. De même, s'il déclare vivre en concubinage, il n'en apporte pas la preuve et à la supposer établie, cette circonstance trop récente ne lui permet pas de se prévaloir d'une vie privée et familiale suffisamment ancienne. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des trois attestations, que l'intéressé aurait noué en France des liens d'une particulière intensité, le requérant ayant, par ailleurs, son père, sa sœur et un fils de dix ans qui résident au Brésil. Dans ces conditions, le moyen selon lequel le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, eu égard à ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
11. Il ressort des motifs de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé, pour prononcer la mesure attaquée, sur le fait que l'intéressé était entré récemment sur le territoire français, que le concubinage dont il se prévaut et qu'il ne peut justifier ne permet pas de le regarder comme disposant de liens personnels et familiaux anciens et stables en France et qu'en outre il n'a pas fait preuve d'une réelle volonté d'intégration puisqu'il a été arrêté à deux reprises pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir qu'il paye ses charges et ses impôts et ne contrevient pas à l'ordre public, le requérant ne démontre pas que l'arrêté serait entaché d'une inexactitude matérielle des faits, ni au demeurant que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.
Sur la décision portant assignation à résidence :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 19 décembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne en tant qu'ils ont obligé M. F D à quitter le territoire français sans délai, l'ont interdit de retour pour une durée d'un an, ont fixé le pays de renvoi et l'ont assigné à résidence pour une durée de 45 jours doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. F D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conlusions de la requête de M. F D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D E A, à Me Gaffet et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023 à 10h.
Le magistrat désigné,
F. HLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La greffière en chef,
La Greffière,
M. B
No 230219mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026