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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2302227

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2302227

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2302227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE A SLIMANI
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, sous le n° 2302226, M. A B, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a mis à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 135,57 euros pour la période de janvier 2022 à août 2023 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne de lui restituer les sommes retenues ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée par un défaut de motivation et un examen sérieux de sa situation ;

- il a perdu son passeport, de sorte qu'il ne pouvait pas voyager ;

- il séjourne chez un ami ;

- les éléments fournis à l'administration n'ont pas été examinés ;

- il n'a commis aucune fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, sous le n° 2302227, M. A B, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne a mis à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 2 484,20 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne de lui restituer les sommes retenues ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée par un défaut de motivation et un examen sérieux de sa situation ;

- il a perdu son passeport, de sorte qu'il ne pouvait pas voyager ;

- il séjourne chez un ami ;

- les éléments fournis à l'administration n'ont pas été examinés ;

- il n'a commis aucune fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

III. Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, sous le n° 2302228, M. A B, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2023 par laquelle le département de la Haute-Vienne a implicitement rejeté son recours à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 818,13 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au département de la Haute-Vienne de lui restituer les sommes retenues ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Vienne la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée par un défaut de motivation et un examen sérieux de sa situation ;

- il a perdu son passeport, de sorte qu'il ne pouvait pas voyager ;

- il séjourne chez un ami ;

- les éléments fournis à l'administration n'ont pas été examinés ;

- il n'a commis aucune fraude.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le département de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison d'un défaut de motivation ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Slimani en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Slimani, magistrat désigné,

- et les observations de Mme C, représentant le département de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation des décisions du 5 décembre 2023 par lesquelles la caisse d'allocations familiales (Caf) de la Haute-Vienne a mis à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 135,57 euros pour la période de janvier 2022 à août 2023 et un indu de prime d'activité d'un montant de 2 484,20 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023. L'intéressé demande également l'annulation de la décision du 12 décembre 2023 par laquelle le département de la Haute-Vienne a implicitement rejeté son recours à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 818,13 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par M. B sous les n° 2302226, n° 2302227 et n° 2302228 présentent à juger des questions relatives à la situation du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l'indu d'aide personnelle au logement :

4. En premier lieu, la décision attaquée indique que M. B n'a pas déclaré sa résidence hors de France et l'intégralité de ses revenus, mentionne le contrôle effectué par l'agent assermenté de la Caf, rappelle la nature de chaque créance, et notamment celle concernant la prime d'activité dont le trop-perçu s'élève à 2 484,20 euros, cite les dispositions du code de la sécurité sociale et confirme l'obligation de remboursement. Cette décision comporte ainsi la mention des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne résulte pas de la motivation de la décision attaquée telle qu'elle a été décrite au point précédent que la Caf n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

6. Enfin, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ; / 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. / II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale () ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ". Il résulte de ces dispositions que la condition de résidence ne cesse d'être remplie qu'en cas d'absence se prolongeant pendant plus de quatre mois au cours de l'année considérée.

7. Il résulte notamment du rapport d'enquête établi le 4 août 2023 par un agent assermenté, dont les conclusions font foi jusqu'à preuve du contraire, que l'intéressé a résidé en Algérie du 12 janvier au 23 mars 2019, du 24 juillet au 29 septembre 2019, du 12 janvier au 6 octobre 2022 et du 12 décembre 2022 au 12 mars 2023. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B a minoré les montants perçus déclarés à la caisse d'allocations familiales au titre de son activité professionnelle de 2019 à 2022, ce qui a engendré l'indu en cause. Si M. B déclare avoir perdu son passeport à l'agent effectuant le contrôle, il résulte de l'instruction que ce passeport n'a pas fait l'objet d'une invalidation pour perte ou vol. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme ayant manqué à ses obligations déclaratives. Par suite, il n'est pas fondé, par les moyens soulevés et les pièces versées au dossier, à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la Caf a mis à sa charge un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 4 135,57 euros pour la période de janvier 2022 à août 2023

En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :

8. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne résulte pas de la motivation de la décision attaquée telle qu'elle a été décrite au point précédent que la Caf n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

10. Enfin, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Selon l'article R. 842-1 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, que l'intéressé doit être regardé comme ayant manqué à ses obligations déclaratives. Par suite, il n'est pas fondé, par les moyens soulevés et les pièces versées au dossier, à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle la Caf a mis à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 2 484,20 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023.

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

12. En premier lieu, d'une part, M. B n'établit pas ni même n'allègue qu'il aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision ne peut qu'être écarté. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la situation de l'intéressé n'aurait pas fait l'objet, de la part du président du conseil départemental de la Haute-Vienne, d'un examen personnel. Par suite, le moyen doit être écarté comme non fondé.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ". Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles R. 262-5, R. 262-6 et R. 262-37 du code précité que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire.

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 7, que l'intéressé doit être regardé comme ayant manqué à ses obligations déclaratives. Par suite, il n'est pas fondé, par les moyens soulevés et les pièces versées au dossier, à demander l'annulation de la décision du 12 décembre 2023 par laquelle le département de la Haute-Vienne a implicitement rejeté son recours à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 818,13 euros pour la période d'août 2021 à mars 2023.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B, en toutes leurs conclusions, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, à la caisse d'allocation familiales de la Haute-Vienne et au département de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

A. SLIMANI

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, à la ministre déléguée auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement, et au préfet de la Haute-Vienne en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef

La Greffière

M. D

Nos 2302226,2302227,2302228

if

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