mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400006 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel la préfète de la Creuse lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Guéret deux fois par semaine et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'un an dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, lequel a renoncé à l'indemnité de l'aide juridictionnelle, en application des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle vise l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lieu et place du § 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- est entachée de deux erreurs de faits dès lors qu'il justifie de sa présence en France depuis 2017 et qu'il est titulaire d'un diplôme de coiffure ;
- n'a pas examiné sa demande au titre de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail alors qu'il a produit à l'appui de celle-ci une promesse d'embauche ;
- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle apparaît comme une conséquence automatique de la décision de refus de séjour ;
- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 1983, est entré en France le 16 juillet 2017 muni d'un visa de court séjour. Le 3 avril 2023, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien au titre de ses liens privés et familiaux. Par un arrêté du 27 novembre 2023 dont il demande l'annulation, la préfète de la Creuse lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Guéret deux fois par semaine et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, il appartient au juge administratif de vérifier la matérialité des faits qui ont motivé les mesures adoptées par l'administration. En l'espèce, M. A soutient que la préfète de la Creuse a entaché sa décision d'une erreur de fait tenant à ce que sa présence sur le territoire français n'est pas attestée antérieurement à août 2021. Toutefois, sa durée de présence sur le territoire français ne relève pas d'une erreur de fait mais d'une éventuelle erreur d'appréciation des documents produits par ses soins. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que si la préfète a visé l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, elle s'est toutefois référée à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour examiner le droit au séjour au regard de la vie privée et familiale de M. A. Or, les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien seules applicables en l'espèce en vertu desquelles : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française./ Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). " régissent de manière complète les conditions de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " aux ressortissants algériens. Toutefois, ces stipulations sont de même portée que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité dont l'application n'est conditionnée à aucune garantie dont M. A n'aurait pas bénéficié. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En troisième lieu, s'il est constant que M. A est entré régulièrement en France le 16 juillet 2017, il n'était pas autorisé à s'y maintenir à l'expiration de son visa valable un mois. Les éléments produits pour attester de la réalité et de la continuité de son séjour depuis cette date, notamment des ordonnances ou des relevés de compte, ne sont ni probants ni concrets quant aux conditions de ce séjour. S'il se prévaut d'un pacte civil de solidarité en date du 26 janvier 2023 avec une ressortissante française avec laquelle il indique s'être installé depuis janvier 2021, outre que sa conclusion est très récente à la date de l'arrêté attaqué, le requérant apporte peu d'éléments probants sur l'antériorité de cette communauté de vie en produisant une attestation d'hébergement de sa partenaire du 11 janvier 2021 sur laquelle il n'est pas mentionné comme concubin, trois courriers de 2021 et 2022 de la caisse primaire d'assurance maladie de la Creuse au sujet de l'aide médicale d'Etat et une mise à jour du contrat d'abonnement EDF du 28 novembre 2022 à leur deux noms. De même, les attestations produites sont peu circonstanciées quant à l'ancienneté de cette relation. La production d'une promesse d'embauche, établie par sa partenaire de Pacs, ne permet pas non plus d'attester d'une insertion professionnelle particulière. Le couple n'a pas d'enfant et M. A n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où vivent ses parents et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, du caractère très récent du Pacs et de l'absence totale d'autre élément de nature à établir son intégration sur le territoire, la préfète de la Creuse n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus de séjour qui lui ont été opposés. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé et de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ()".
6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance, s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent, d'une manière complète et exclusive, les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, des modalités d'admission exceptionnelle au séjour similaires à celles de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il lui appartient compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
7. Si M. A se prévaut d'une promesse d'embauche établie par sa conjointe, propriétaire d'un salon de coiffure, pour un contrat à durée déterminée dans un emploi de coiffeur, et d'un diplôme de coiffure pour hommes, ce seul diplôme ne suffit pas à justifier d'une expérience particulière dans ce domaine. Ces seuls éléments ne caractérisent ni des circonstances exceptionnelles ni des considérations humanitaires. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète n'aurait pas exercé son pouvoir discrétionnaire d'appréciation en n'examinant pas sa situation au regard du travail, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'elle ait indiqué à tort que l'intéressé ne justifiait d'aucun diplôme de coiffure. Le moyen sera écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
8. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que la préfète de la Creuse aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de ce que la préfète n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et aurait commis une erreur de droit doit ainsi être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2023 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marty et à la préfète de la Creuse.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. B
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026