mardi 5 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | WONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024, Mme B E A, représentée par Me Wone, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de carte de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle soutient que :
L'arrêté pris dans son ensemble :
- est signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnait le droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les article L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations du public avec l'administration.
La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en violation de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle réside en France depuis plus de dix ans et que ses liens familiaux et personnels en France sont particulièrement intenses.
La décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle réside depuis plus de dix ans sur le territoire français ;
- porte une atteinte disproportionnée aux buts en vertu desquels elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- porte une atteinte grave au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, ressortissante comorienne née en 1999, est entrée en France métropolitaine le 1er septembre 2022 munie d'un visa de long séjour " formation " valable du 10 août 2022 au 10 août 2023 et de son titre de séjour pluriannuel " vie privée et familiale " - zone Mayotte valable jusqu'au 17 janvier 2023. Le 23 mai 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 4 décembre 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, Mme D F, directrice de cabinet de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 4 décembre 2023 en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait mention des considérations de droit sur lequel il se fonde, notamment les articles L. 435-1 et L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des considérations de fait, tenant à la situation administrative, personnelle et familiale de Mme E A, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté ne satisfait pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
4. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
5. Si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'appliquent pas aux relations entre autorités nationales et particuliers, un ressortissant étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement peut néanmoins utilement se prévaloir du principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne. Ce droit garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement qu'il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le sens de ces décisions, ce qu'il lui revient, le cas échéant, de démontrer devant la juridiction saisie.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E A n'aurait pas eu la possibilité, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, de faire état de tous éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le contenu des décisions prises à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de la Haute-Vienne du droit d'être entendu préalablement à l'édiction des décisions contestées doit être écarté.
Sur la décision portant refus de séjour :
7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (). ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (). 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme E A, célibataire et sans enfant, a suivi toute sa scolarité à Mayotte et est entrée en métropole le 1er septembre 2022 afin d'y suivre une formation. En outre, si elle soutient que ses liens familiaux et personnels en France sont particulièrement intenses dès lors que parmi ses quatre frères et sœurs trois sont de nationalité française, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle entretiendrait avec eux des liens anciens et stables. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Vienne a estimé que la requérante ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. D'autre part, il résulte des dispositions du 4° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que lorsqu'il envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Toutefois, les dispositions du code de l'entrée et du séjour du droit d'asile n'étaient pas applicables à Mayotte avant l'entrée en vigueur, le 26 mai 2014, de l'ordonnance n°2014-464 du 7 mai 2014 portant extension et adaptation à Mayotte du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, Mme E A réside en France, au sens du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, depuis 2014 seulement et ne justifie donc pas d'une résidence habituelle depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué du 4 décembre 2023. En conséquence, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure du fait de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; ".
11. Il résulte de ce qui a été exposé au point 9 du présent jugement que Mme E A ne peut se prévaloir d'une durée de dix ans de présence en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne en l'obligeant à quitter le territoire n'a pas méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
12. En second lieu, Mme E A soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si la requérante a vécu à Mayotte, avant de venir en métropole le 1er septembre 2022 afin d'y poursuivre une formation, elle ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire métropolitain. Si Mme E A se prévaut de ce que trois de ses frères et sœurs sont de nationalité française, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer l'intensité de leur relation familiale ni de leur présence en métropole. Par ailleurs, la requérante est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
13. Mme E A soutient qu'en fixant le pays dont elle a la nationalité, les Comores, comme pays de renvoi, le préfet a porté une atteinte grave au respect de sa vie privée et familiale. Il ressort des pièces du dossier que la requérante réside à Mayotte depuis l'âge de 6 ans où elle a suivi toute sa scolarité et où elle a le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, en fixant le pays de renvoi de l'intéressé comme étant le pays dont elle est originaire, les Comores, le préfet de la Haute-Vienne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui annule la seule décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour. Il implique en revanche le réexamen de la situation de Mme E A au regard du pays de destination. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme sollicitée par Mme E A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er:La décision du 4 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a fixé le pays de renvoi est annulée.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de Mme E A au regard du pays de renvoi vers lequel elle est susceptible d'être éloignée dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme B E A, à Me Wone et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. C
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026