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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400012

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400012

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, lequel a renoncé à percevoir l'indemnité de l'aide juridictionnelle, en application des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elles se fondent.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle apparaît comme une conséquence automatique de la décision de refus de séjour ;

- porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.

Un mémoire présenté par le préfet de la Corrèze a été enregistré le 5 février 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 2005, est entré en France le 6 septembre 2018 alors âgé de plus 13 ans. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en 2023. Par un arrêté du 8 novembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A entré en France en 2018, alors qu'il était mineur, est célibataire et sans enfant. S'il a été scolarisé depuis son arrivée, il ressort des pièces du dossier que ses nombreuses absences ont été préjudiciables à sa réussite dans les projets qu'il a entrepris. De même, s'il se prévaut de la présence sur place de sa sœur qu'il l'a recueilli par acte de kafala en raison de sa minorité, il ne démontre toutefois pas que sa présence auprès d'elle serait indispensable et ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine où réside sa mère dont l'éloignement lui est pesant, selon les termes d'un rapport de l'éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse chargée de son suivi. En outre, il ressort de la décision attaquée non contestée sur ce point qu'il s'est fait connaître, entre 2021 et 2022, pour de nombreux faits délictueux de violences, de menaces de mort et d'outrages sur des personnes chargées de mission de service public et récemment le 15 avril 2023 pour usage illicite de stupéfiant. Dans ces conditions, et alors même que le rapport cité ci-dessus précise qu'il reste investi pour son intégration, la décision refusant le séjour à M. A ne peut être regardée comme méconnaissant les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte contraire aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

4. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet de la Corrèze aurait considéré, à tort, que cette décision n'était que la conséquence automatique du refus de titre de séjour opposé au requérant. Le moyen, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de ce que le préfet n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation et aurait commis une erreur de droit doit ainsi être écarté.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2023 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Marty et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

lg

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