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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400023

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400023

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAKAKPOVIE EKOUE DIDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2024, M. C B, représenté par

Me Akakpovie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour emportant changement de statut vers " salarié ", l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la somme correspondant l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnait l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ; il dispose d'une autorisation de travail délivrée par les services compétents au vu d'un contrat et aurait donc dû bénéficier du titre dont la délivrance est prévue par ces stipulations ; la mise en œuvre de l'article 9 du même accord ne doit pas faire échec à l'application de son article 3 ;

- c'est à tort que le préfet se fonde sur l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui exige un visa long séjour dès lors que cet article ne peut être invoqué que sous réserve des engagements internationaux de la France ;

- la décision méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions peuvent être substituées à celles de l'article 3 de l'accord franco-marocain ; il dispose d'une autorisation de travail délivrée par les autorités compétentes ;

- il est entré en France sous couvert d'un visa " long séjour " type D et s'est vu délivrer un titre de séjour du 29 octobre 2020 au 28 octobre 2023 ; la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour emportera l'annulation par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que de celle fixant le pays de destination.

Par une ordonnance en date du 8 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

25 janvier 2024 à 17 heures.

Un mémoire en défense du préfet de la Corrèze a été enregistré le 6 février 2024 et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune partie n'était présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1992, est entré sur le territoire français au mois de juillet 2020, muni d'un visa valable du 5 mars 2020 au 3 juin 2020. Il s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de " travailleur saisonnier ", valable du 29 octobre 2020 jusqu'au 28 octobre 2023. Il a sollicité un changement de statut afin de se voir délivrer un titre de séjour mention " salarié ". Par un arrêté en date du 5 décembre 2023, le préfet de la Corrèze a opposé un refus à sa demande et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". L'article 9 de cet accord stipule par ailleurs : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". D'autre part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à

L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Il résulte de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi que celui-ci renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. L'article L. 412-1 susvisé qui subordonne de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d'un visa de long séjour, n'étant pas incompatible avec l'article 3 de l'accord franco-marocain, qui ne concerne que la délivrance d'un titre de séjour pour exercer une activité salariée, un préfet peut légalement refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié à un ressortissant marocain au motif qu'il ne justifie pas d'un visa de long séjour.

3. D'autre part, en vertu de ces stipulations et dispositions, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.

4. De première part, il résulte des stipulations et dispositions précitées que pour refuser la demande de M. B de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de la Corrèze a pu, sans erreur de droit, retenir que cette délivrance était subordonnée, en application des stipulations des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain précitées, combinées à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la délivrance d'un visa de long séjour, alors même que M. B était titulaire d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable entre le 29 octobre 2020 et le 28 octobre 2023. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la seule présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes suffisait à la délivrance du titre sollicité. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit et d'une méconnaissance des stipulations des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur de droit et d'une méconnaissance de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

5. De deuxième part, la situation des ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France étant régie par l'article 3 de l'accord franco-marocain, les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ne sont pas applicables à la situation d'un ressortissant marocain sollicitant la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Le moyen tiré de ce que ces dispositions auraient été méconnues est par suite inopérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France sous couvert d'un visa valable du 5 mars 2020 au 3 juin 2020, soit un visa d'une durée inférieure à la durée de trois mois correspondant au visa de long séjour auquel est conditionnée la délivrance de la carte de séjour temporaire qu'il sollicite, portant la mention " salarié ". Le moyen tiré de ce qu'il serait entré sur le territoire muni d'un visa de long séjour, si bien que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait, doit par suite être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

8. Il résulte des développements qui précèdent que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que de celle fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de séjour.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision du 5 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour emportant changement de statut vers " salarié " doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et contre la décision du même jour fixant le pays de destination doivent également être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Akakpovie et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière,

M. A

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