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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400030

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400030

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement le 8 janvier 2024 et le 25 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne dans les deux cas, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour dans l'attente d'une nouvelle décision relative à son droit au séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation par son conseil de percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis régulier et complet du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) ; il appartient au préfet d'établir l'existence d'un tel avis ; ce vice de procédure l'a privé d'une garantie ;

- elle méconnaît les stipulations des 5) et 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :

- les décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Siquier,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

1. En premier lieu, M. Jean-Philippe Aurignac, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de la Haute-Vienne du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 21 novembre 2023 manque en fait et doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

3. Premièrement, il ne résulte d'aucune de ces dispositions ni d'aucun principe, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) devrait porter mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cité au point précédent, qui est transmis au collège de médecins de l'Ofii. Le préfet doit toutefois, lorsque le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du collège de médecins est invoqué, apporter tout élément de nature à établir que le médecin ayant émis le rapport médical, prévu par cet article R. 425-12, n'a pas siégé au sein de ce collège. En l'espèce, le préfet de la Haute-Vienne produit, outre l'avis du 5 octobre 2023 du collège de médecins de l'Ofii, un bordereau de transmission de cet établissement qui permet d'établir que le médecin ayant rédigé le rapport médical relatif à l'état de santé de M. A n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Ofii qui a rendu l'avis susmentionné. Les pièces produites attestent, en outre, de la présence des trois médecins prévus à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'exclusion du médecin rapporteur. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour est entachée de ce premier vice de procédure.

4. Deuxièmement, les dispositions citées au point 2, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

5. Troisièmement, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas de l'avis du collège des médecins de l'Ofii rédigé conformément aux exigences de motivation de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, et qui conclut que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risque, qu'il serait entaché de partialité.

6. Il résulte de ce qui précède que l'avis du collège des médecins de l'Ofii a été rendu à l'issue d'une procédure régulière et que M. A n'a été privé d'aucune garantie.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur un avis du 5 octobre 2023 du collège de médecins de l'Ofii qui a estimé qu'un défaut de prise en charge médicale était susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Pour contester l'appréciation portée par le préfet, M. A, qui a levé le secret médical, produit des certificats médicaux établis par un médecin du service endocrinologie - diabétologie - Maladies métaboliques et Médecine de la reproduction du CHU de Limoges datés des 2 février 2022, 2 et 3 mars 2023, 19 juillet 2023, 25 août 2023, 19 octobre 2023 établissant que l'intéressé présente un diabète de type 1 déséquilibré chronique qui nécessite un traitement continu quotidien et un suivi clinique régulier, mais n'établissent pas qu'il ne peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Les autres pièces produites par M. A, notamment un rapport universitaire, qui se bornent à indiquer qu'un nouveau médicament a été retiré très rapidement du marché en Algérie où les dernières innovations en matière de prise en charge des pathologies diabétiques ne sont pas encore disponibles, ne permettent pas de contredire l'appréciation portée par le collège sur le caractère effectif de l'accès aux soins requis par l'état de santé de M. A, dans ce pays. L'interview d'une jeune femme indiquant que l'Algérie est l'un des rares pays où l'insuline y est gratuite ainsi que les fournitures pour les maladies chroniques, qu'elle n'a pas de difficulté pour s'en procurer en dépit du fait que certaines personnes souffrent du manque de disponibilité ou de pénurie et que les médecins spécialisés sont formés et fournissent des informations adéquates n'est pas davantage de nature à démontrer que le requérant ne pourrait à titre personnel bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, le préfet démontre, en s'appuyant sur la nomenclature des produits pharmaceutiques à usage de la médecine humaine au 28 février 2023, établie par le ministère de l'industrie pharmaceutique de la République algérienne démocratique et populaire jointe en défense, que les molécules des médicaments prescrits y sont disponibles. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. A, ressortissant algérien né en 1983 à Mostaganem, est entré en France, selon ses déclarations, le 28 mai 2021. Il est célibataire, sans enfant. En produisant deux attestations très peu circonstanciées d'un couple indiquant l'avoir reçu à plusieurs reprises à leur domicile, il n'établit pas entretenir des liens d'une particulière intensité en France ni y avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Le fait que son grand-père se soit vu remettre la Croix du Combattant n'est pas non plus suffisant à créer de tels liens. Enfin, M. A ne prouve pas plus être dépourvu de tout lien en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans et comme il a été dit au point 9 du présent jugement, s'il souffre d'un diabète de type 1 chronique, il ne démontre pas qu'il ne pourrait recevoir les soins que nécessite son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le titre de séjour demandé au requérant, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre des décisions contestées doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. B

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