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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400040

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400040

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGHOUNBAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2024, M. C D, représenté par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 12 décembre 2023 pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a méconnu son pouvoir général d'appréciation en n'examinant pas sa demande de régularisation exceptionnelle au titre du travail ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ne lui délivrant pas un titre de séjour en qualité de salarié le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par la décision portant refus de titre de séjour ; il n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins de non réadmission dans le système d'information Schengen :

- les décisions sont illégales en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elles sont entachées d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par la décision portant obligation de quitter le territoire français ; il n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées de disproportion au regard de l'état de santé et de son droit à la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024 le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

Sur l'arrêté du 12 décembre 2023 pris dans son ensemble :

1. Mme B E, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 12 décembre 2023, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. En l'espèce, d'une part, comme il a été rappelé au point précédent, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. D'autre part, il ressort de la décision litigieuse que le préfet a procédé à un examen approfondi de la situation de M. D et a estimé qu'il n'évoquait aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel qui pourrait permettre son admission exceptionnelle au séjour ou l'utilisation du pouvoir discrétionnaire préfectoral afin de l'admettre au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit à ne pas avoir instruit une demande de régularisation exceptionnelle par le travail manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la promesse d'embauche dont se prévaut le requérant en qualité de chef de travaux, au demeurant sans en justifier ni en préciser la durée, la quotité de travail, le niveau de rémunération, ainsi que les difficultés alléguées par l'employeur afin de recruter sur cet emploi ne sont pas de nature à constituer un motif exceptionnel qui pourrait permettre une admission au séjour par le travail. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne, en refusant de délivrer à M. D le titre de séjour demandé, n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an, sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien est conditionné à l'obtention d'un visa de long séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France, le 3 octobre 2022, et qu'il s'est ensuite maintenu sur le territoire. Dans ces conditions, en l'absence de tout visa long-séjour, le préfet de la Haute-Vienne pouvait légalement refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité pour le seul motif tiré du défaut de visa de long séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision contestée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige, spécifique à cette mesure dans le corps de l'arrêté du 12 décembre 2023 et énonçant clairement les circonstances de droit et de fait propres à la situation de M. D sur lesquelles le préfet a fondé son appréciation pour prendre cette mesure, que celui-ci a procédé à un examen particulier de l'application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le champ de laquelle entrent les ressortissants algériens. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en s'estimant lié par le refus de séjour le préfet de la Haute-Vienne aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit manque en fait et doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 7 du présent jugement, l'ensemble des moyens dirigés contre le refus de titre de séjour et repris contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, ils doivent tous être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français et le signalement aux fins de non réadmission dans le système d'information Schengen :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour de prendre en compte les éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et, si elle estime que celle-ci figure au nombre des motifs qui justifie sa décision, les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une menace pour l'ordre public.

14. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise ces dispositions, énonce que la présence en France du requérant est récente, qu'il est célibataire sans enfant, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables et qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles dans le pays dont il est ressortissant. Cette décision vise ainsi expressément la durée de sa présence sur le territoire et ses liens avec la France. Si elle ne fait pas état d'une précédente mesure d'éloignement et n'évoque pas l'existence d'une menace pour l'ordre public, l'absence de ces éléments, qui ne trouvaient pas à s'appliquer à la situation de M. D, ne caractérise pas une erreur de droit. Le moyen doit par suite être écarté.

15. En second lieu, si le requérant soutient que la décision serait disproportionnée au regard de son état de santé et de son droit à la vie privée et familiale, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a procédé au signalement aux fins de non réadmission dans le système d'information Schengen doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Ghounbaj et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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