jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail, et à titre subsidiaire, de prendre une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de Me Marty la somme de 1 800 euros, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;
- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né en 1987, est entré en France le 26 janvier 2018 afin d'y solliciter l'asile. Le 29 novembre 2018, sa demande a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 13 décembre 2019. Le 30 décembre 2019, le préfet de la Haute-Vienne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Le 8 décembre 2020, le requérant a déposé une demande de réexamen d'asile qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 23 décembre 2020 confirmée par la CNDA, le 26 août 2021. Le 29 janvier 2021, le préfet de la Haute-Vienne a pris un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français suivi, le 23 août 2021, de son placement en rétention puis le 22 octobre 2021 d'une assignation à résidence. Le 5 septembre 2023, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 novembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 26 janvier 2018, accompagné de son épouse et de ses trois enfants alors âgés de 6, 5 et 3 ans. Son épouse, titulaire d'un titre de séjour " salarié " d'un an valable jusqu'au 2 février 2024, travaille à temps plein comme employée de restauration depuis le mois de juin 2023 et n'a pas vocation à retourner en Russie. Depuis leur entrée en France, le couple a donné naissance à leur quatrième enfant en 2019. La directrice de l'école élémentaire où sont scolarisés, depuis 2021, les quatre enfants du couple produit une attestation postérieure à la décision attaquée mais révélant une situation antérieure, qui souligne leur grande assiduité, leur esprit de travail et de camaraderie ainsi que leur solide éducation et leur bonne pratique du français. Elle précise également que M. B est régulièrement présent, suit leur scolarité et assiste aux réunions auxquelles les parents sont conviés. En outre, il résulte des diverses attestations produites notamment par les propriétaires de l'appartement qui hébergent la famille depuis juin 2021 et la directrice de l'école élémentaire où sont scolarisés les enfants du couple que M. B réside dans son foyer depuis le printemps 2023. Il est ainsi présumé participer à l'éducation et l'entretien de ces enfants à la date de l'arrêté attaqué. Selon ces mêmes attestations, M. B est un père attentif et aimant et sa présence est nécessaire pour s'occuper de ses enfants pendant que son épouse travaille. Si M. B a fait l'objet de deux condamnations, l'une en 2019 à un mois d'emprisonnement avec sursis pour vols et l'autre en 2020 à une interdiction de conduire un véhicule à moteur pendant un an pour conduite d'un véhicule sans permis, ces faits pour répréhensibles qu'ils soient, sont isolés et n'ont pas été suivis de nouvelles infractions depuis. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, alors même que l'épouse de M. B avait précisé, le 13 septembre 2022, ne pas savoir où réside son mari depuis six mois mais être toujours en contact avec lui et compte tenu de la nécessité, dans l'intérêt supérieur de ses enfants, de ne pas les séparer de l'un ou l'autre de leurs parents, M. B est fondé à soutenir que le préfet de Haute-Vienne a méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en prenant à son égard la décision contestée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que le préfet de la Haute-Vienne délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, une somme de 1 200 euros à verser à l'avocate de M. B sous réserve de sa renonciation à la contribution de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 14 novembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne est annulé.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4:L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Marty sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5:Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
lg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026