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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400049

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400049

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, Mme D E, représentée par Me Toubale, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Indre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé un pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Indre de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cet arrêté ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas examiné son droit à obtenir un titre de séjour en qualité de salarié ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 11 janvier 2024, la clôture de d'instruction a été fixée au 6 février 2024 à 17 h 00.

Un mémoire en défense a été produit le 19 février 2024 par le préfet de l'Indre.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chambellant, conseiller ;

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante russe née en 1994, est entrée régulièrement en France le 2 octobre 2022 munie d'un visa de long séjour en qualité de conjointe de français. Déclarant être séparée depuis le 6 février 2023 de son époux, l'intéressée a sollicité, au cours de l'année 2023, à la fois la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salariée " et le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe de français victime de violences conjugales. Par un arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de l'Indre a rejeté ses demandes de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Elle sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 36-2023-08-21-00002 du 21 août 2023 du préfet de l'Indre, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 36-2023-117 du 22 août 2023, Mme C A, signataire de l'acte attaqué et secrétaire générale de la préfecture de l'Indre, a reçu délégation pour signer toutes décisions hors celles expressément énumérées dans ledit arrêté parmi lesquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, pris dans son ensemble, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée fait état des conditions dans lesquelles Mme E est entrée sur le territoire français, ainsi que des pièces produites à l'appui de ses demandes de titre de séjour. Elle mentionne, par ailleurs, les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante. Il ne ressort ainsi ni de la décision attaquée ni d'aucun élément du dossier que le préfet de l'Indre n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de Mme E. Le moyen doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.

5. En l'espèce, le préfet de l'Indre mentionne dans l'arrêté attaqué que la plate-forme main d'œuvre étrangère de Bobigny a été saisie en août 2023 d'une demande d'autorisation de travail présentée par une société de restauration qui a ensuite été clôturée faute de réponse de l'employeur lors de l'instruction de sa demande. Par suite, le moyen tiré du défaut d'instruction d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si Mme E soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Russie, elle n'apporte toutefois pas à l'instance d'élément probant de nature à établir qu'elle serait personnellement, actuellement et directement exposée à de tels risques. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2023, par lequel le préfet de l'Indre a rejeté ses demandes de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fixée un pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes demandées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme E est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Toubale et au préfet de l'Indre.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. B

lg

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