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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400058

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400058

jeudi 22 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOCATS CENTRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. D..., ressortissant jordanien, qui contestait la décision de la commission de médiation de l’Indre du 12 septembre 2023 déclarant son recours sans objet. Le tribunal a jugé que M. D..., faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français et résidant irrégulièrement, ne pouvait prétendre à un accueil en structure d’hébergement, sauf circonstances exceptionnelles non démontrées. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitat, interprétés à la lumière des travaux parlementaires de la loi DALO.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, M. B... D..., représenté par Me Guiet, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 12 septembre 2023 par laquelle le président de la commission de médiation de l’Indre a déclaré son recours sans objet ;

2°) d’enjoindre à l’Etat de le loger ou de le reloger.


Il soutient que le fait d’être accueilli dans une structure d’hébergement temporaire n’a pas fait disparaître le caractère urgent de sa demande de logement et que les structures d’hébergement sont accessibles même sans carte de séjour.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de l’Indre conclut au rejet de la requête comme non fondée.


M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitat ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Christophe, a été entendus au cours de l’audience publique à laquelle aucune des parties n’était ni présente ni représentée.


Considérant ce qui suit :

1. Le 27 juillet 2023, le secrétariat de la commission départementale de médiation de l’Indre a reçu le recours de M. D... en vue d’une offre d’hébergement conformément au III de l’article L 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Après instruction, cette même commission par une décision du 12 septembre 2023 a rejeté ce recours comme sans objet.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. ».

3. Aux termes du III de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation : « La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. ».

4. Il résulte des dispositions citées ci-dessus, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé l’adoption de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dont elles sont issues, que la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d’une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l’accès à un logement autonome. Il résulte également de ces dispositions que si le droit à un logement décent et indépendant ou, le cas échéant, à un hébergement, est en principe ouvert aux seules personnes qui résident sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, elles ouvrent néanmoins à la commission de médiation la possibilité de faire droit à la demande présentant un caractère prioritaire et urgent d’une personne qui ne remplit pas ces conditions de résidence régulière, mais uniquement par un accueil dans une structure d’hébergement. Toutefois, les ressortissants étrangers qui font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, dont la demande d’asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l’article L. 542-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou qui sont en situation irrégulière et n’ont aucun droit à se maintenir sur le territoire français ne peuvent prétendre à un accueil dans une structure d’hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D..., ressortissant jordanien, entré en France en 2016, a vu sa demande d’asile rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile, le 25 septembre 2019 et sa demande de réexamen de sa demande d’asile également rejetée par cette même juridiction, le 9 juin 2021. Par un arrêté du 7 octobre 2021, notifié le 14 octobre suivant et dont la légalité n’a pas été contestée par le requérant, le préfet de la Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il réside depuis de manière irrégulière sur le territoire national où il n’a pas vocation à demeurer. Si M. D... soutient qu’il bénéficie du droit au logement opposable garanti par l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitat, les ressortissants étrangers qui font l’objet d’une obligation de quitter le territoire français non contestée ne peuvent prétendre à un logement ni à un accueil dans une structure d’hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant. Dès lors et contrairement à ce que soutient le requérant, il ne pouvait pas relever du droit au logement opposable mais seulement de l’hébergement d’urgence dans le cas où il justifierait de circonstances exceptionnelles. Or, célibataire et sans enfant, et alors qu’il ne démontre ni n’allègue de telles circonstances justifiant son hébergement d’urgence, il ressort cependant des pièces du dossier qu’au jour de la décision attaquée, le requérant était hébergé à l’hôtel Christina et qu’il avait déjà été pris en charge au titre de l’hébergement d’urgence depuis le 27 juin 2023. Par suite, en regardant sa demande qui ne pouvait être formulée au titre du logement mais seulement de l’hébergement d’urgence, sans objet, la commission de médiation n’a commis ni erreur de droit ni erreur de fait ni d’erreur d’appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles au titre de l’injonction.




D E C I D E :




Article 1er
:
La requête de M. D... est rejetée.

Article 2
:
Le présent jugement sera notifié à M. B... D..., à Me Guiet, au ministre de la ville et du logement. Une copie sera adressée pour information au préfet de l’Indre.


Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026 où siégeaient :

- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- M. Gazeyeff, conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.


Le rapporteur,





F. CHRISTOPHE
Le président,





F-J REVEL

La greffière,





M. C...
















La République mande et ordonne
au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière





M. A...



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