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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400073

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400073

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMONPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Monpion, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 23 novembre 2023 par laquelle le chef de la police municipale de Limoges l'a affecté d'office à la brigade de jour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Limoges une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable compte tenu de ce que la mutation dont il a fait l'objet, alors qu'il n'est pas justifié qu'elle ait été décidée dans l'intérêt du service et qu'elle porte atteinte à sa situation professionnelle, constitue une sanction déguisée ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il subit une perte mensuelle d'environ 200 euros compte tenu de la perte d'un point d'indemnité d'administration et de technicité et de l'indemnité de travail de nuit, ainsi que des suppléments de frais de garde d'enfant et de frais kilométriques induits par une affectation en service de jour ; par ailleurs, sa situation est difficile à vivre eu égard au dénigrement de son travail et à la circonstance qu'il ne peut plus passer de temps avec sa fille, de sorte que la décision litigieuse porte atteinte à sa santé ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cette décision :

' elle est entachée de vices de procédure dès lors que ni la procédure disciplinaire prévue par le code général de la fonction publique ni les dispositions procédurales de la note de service du 18 mars 2022 relative au protocole mobilité interne de la police municipale n'ont été mises en œuvre ;

' elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, la commune de Limoges conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre un acte administratif ne faisant pas grief ;

- à titre subsidiaire, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

Vu :

- la requête enregistrée le 12 janvier 2024 sous le n° 2400068 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Monpion, représentant M. C,

- et les observations de Mme D, représentant la commune de Limoges.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent de police municipale de la commune de Limoges titulaire du grade de brigadier-chef principal, exerçait ses fonctions au sein de la brigade de nuit depuis le 19 octobre 2017. Par une décision du 23 novembre 2023 consécutive à son entretien professionnel pour 2023, le chef de la police municipale de Limoges l'a affecté d'office à la brigade de jour à compter du 1er janvier 2024. M. C, qui a formé un recours tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier, ou le cas échéant des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à ce que soit suspendue l'exécution de la décision attaquée, M. C se prévaut, d'une part, de la baisse de rémunération qu'il subit ainsi que des frais supplémentaires qu'il doit engager du fait de son affectation en brigade de jour et, d'autre part, de la circonstance que sa situation est difficile à vivre au point qu'il est porté atteinte à sa santé.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que le traitement mensuel du requérant, dont le montant n'est pas affecté par la décision litigieuse, s'élève à 1 826 euros et que sa compagne perçoit un salaire mensuel d'environ 1 418 euros net. Il n'est toutefois ni établi ni même allégué que les revenus du foyer, qui s'élèvent approximativement à 3 000 euros net indépendamment des primes et indemnités perçues par M. C, ne permettraient au couple de couvrir l'intégralité de ses charges. Ainsi, à supposer même que les revenus du requérant subissent une réduction mensuelle d'environ 200 euros en tenant compte, en sus de la diminution liée à la cessation de la perception d'une partie de ses indemnités, des frais de garde et de déplacement dont il fait état, une telle réduction ne peut être regardée comme préjudiciant de manière suffisamment grave à ses intérêts matériels pour être constitutive d'une situation d'urgence.

6. D'autre part, la circonstance que l'affectation en brigade de jour de M. C ne lui permette pas de garder sa fille et affecte l'organisation familiale sur ce point ne peut davantage être regardée comme entraînant un préjudice suffisamment grave à sa situation. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment du seul avis d'arrêt de travail produit, que l'atteinte alléguée à son état de santé serait imputable au service et liée au changement d'affectation litigieux.

7. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut pas être regardée comme remplie. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir alléguée et l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les conclusions aux fins de suspension présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Limoges, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, la somme que demande M. C sur ce fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à la commune de Limoges.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le juge des référés,

D. A

Le greffier en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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