jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KARAKUS-GURSAL HANIFE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pendant quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter au commissariat de police de Limoges tous les jours de la semaine à 9h, à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés, afin de faire constater qu'il respecte cette assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de prévoir une présentation au commissariat de police de Limoges uniquement les lundis et les jeudis chaque semaine ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
- il porte, dans son principe comme dans les obligations de présentation au commissariat qu'il prévoit, une atteinte grave et disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'assignation à résidence dont il fait l'objet l'empêche d'user des voies de recours qui lui sont ouvertes et donc de faire valoir ses droits dans la mesure où sa requête d'appel formée à l'encontre du jugement du 4 juillet 2023 rejetant son recours à l'encontre de l'arrêté du 14 février 2023 l'obligeant notamment à quitter le territoire français est pendant devant la cour administrative d'appel de Bordeaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024 à 13h02, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 30 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1716 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Martha, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant tunisien né le 10 juillet 1984, M. A déclare être entré irrégulièrement en France en 2011. A la suite du rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet, le 22 septembre 2020, d'un arrêté lui refusant le renouvellement de son attestation de demandeur d'asile et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 14 février 2023, la préfète de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français. Le 7 octobre 2023, M. A a été interpellé par les services de police pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pendant quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter au commissariat de police de Limoges tous les jours de la semaine à 9h, à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés, afin de faire constater qu'il respecte cette assignation à résidence. Par un arrêté du 29 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans le même département, pour la même durée, du 30 janvier 2024 au 15 mars 2024, avec obligation de se présenter au commissariat de police de Limoges tous les jours de la semaine à 9h, à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés. Il demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " l'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 30 janvier 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, Mme C E, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 29 janvier 2024 portant assignation à résidence de M. A, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circonstance invoquée par M. A que la requête d'appel qu'il a formée à l'encontre du jugement du 4 juillet 2023 rejetant son recours contre l'arrêté du 14 février 2023 l'obligeant notamment à quitter le territoire français serait toujours pendante devant la cour administrative d'appel de Bordeaux n'est, par elle-même, pas de nature à entacher l'assignation à résidence d'illégalité au motif qu'elle le priverait de la possibilité de faire utilement valoir ses droits dans le cadre de cette instance en appel dès lors, en particulier, que la procédure est écrite, qu'il a la faculté de se faire représenter et que, dans l'hypothèse où les obligations auxquelles il est soumis pour faire constater qu'il respecte son assignation à résidence ne lui permettrait pas de se rendre à l'audience à la cour administrative d'appel, il lui serait loisible de demander au préfet de la Haute-Vienne une autorisation de sortir provisoirement du département de la Haute-Vienne.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire () au bien-être économique du pays () ".
7. D'une part, sans charge de famille, M. A n'établit ni même n'allègue dans ses écritures avoir des liens stables et intenses en France. En outre, s'il indique qu'à la suite d'un accident sur la voie publique survenu en 2012, il bénéficie, en raison des blessures et des séquelles qu'il a conservées, de soins et d'un suivi " qui seront incompatibles avec la mesure ", il n'apporte aucun élément qui permettrait de connaître la réalité de son état de santé et la nature de la prise en charge médicale qui serait nécessaire au vu de cet état de santé ou de démontrer dans quelle mesure l'assignation à résidence prononcée à son encontre serait effectivement incompatible, dans son principe avec la prise en charge dont il aurait besoin. Eu égard à ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département pendant quarante-cinq jours, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
8. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'il est assigné à résidence depuis le 7 octobre 2023 sans qu'il ne se soit jamais soustrait à l'obligation de se présenter au commissariat, qu'il a des problèmes de santé nécessitant des soins sans pour autant justifier de cette affirmation, l'intéressé n'établit pas que l'obligation de se présenter au commissariat de police de Limoges tous les jours de la semaine, à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés contenue dans la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale ni à sa liberté d'aller et venir. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2024 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024 à 14h00.
Le magistrat désigné,
F. MARTHALa greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
La Greffière
M. B
No 2400170
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026