jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DUPONTEIL VALÉRIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2024 et le 4 mars 2024, M. A C, représenté par Me Duponteil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation de séjour dans l'attente de l'examen de sa demande d'admission au séjour dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle souffre des mêmes vices que la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle souffre des mêmes vices que la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne sollicite le rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Un mémoire en défense a été produit le 18 mars 2024 par le préfet de la Haute-Vienne et n'a pas été communiqué.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né en 1976, est entré sur le territoire français au mois de mars 2012 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée le 24 juin 2013 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 19 décembre 2013 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi le 5 février 2014. Il a été admis au séjour en raison de son état de santé le 27 juin 2014, jusqu'au 21 septembre 2018. Par un arrêté du 21 septembre 2018, il s'est vu opposer un refus de titre de séjour accompagné d'une obligation de quitter le territoire français. Sa demande dirigée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Limoges du 7 février 2019, puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 8 juillet 2019. Par un nouvel arrêté du 23 septembre 2022, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par le requérant au titre de sa présence habituelle sur le territoire depuis plus de dix ans et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la vice-présidente du tribunal administratif de Limoges a rejeté sa demande comme irrecevable. Par un arrêt du 17 octobre 2023, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'ordonnance du 1er décembre 2022 et l'arrêté du 23 septembre 2022 et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de M. C.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". En application de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'autre part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles
L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France. En outre, en ce qui concerne le refus de titre de séjour, le préfet fait état de l'activité professionnelle dont s'est prévalu l'intéressé, ainsi que de sa relation de concubinage avec une ressortissante de nationalité congolaise admise au séjour, et de ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, l'arrêté mentionne que l'intéressé n'entre dans aucune catégorie de ressortissants ne pouvant faire l'objet d'une mesure de reconduite à la frontière et précise qu'il ne démontre pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, dirigé contre l'arrêté dans son ensemble, doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales ".
5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée ainsi que de l'arrêt rendu le 17 octobre 2023 par la cour administrative d'appel de Bordeaux que M. C justifiait, au mois de septembre 2022, d'une résidence habituelle de plus de dix années sur le territoire français. Si M. C se prévaut, en outre, d'une relation de concubinage, depuis le 1er octobre 2022, avec une ressortissante congolaise résidant en France de façon régulière et s'il soutient que ses trois enfants restés " en Afrique " seraient " portés disparus ", sa relation de concubinage demeure récente à la date de la décision attaquée, et il ne produit aucun élément de nature à établir la disparition de ses enfants. Dans ces conditions, malgré son " souhait de travailler au plus vite ", ses activités de bénévolat au cours des années 2017 à 2020, la durée de présence en France du requérant, et en dépit de l'avis favorable à sa demande rendu par la commission du titre de séjour le 28 novembre 2023, celui-ci n'établit pas avoir tissé des liens personnels d'une intensité particulière sur le territoire français, alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Haute Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui refusant le titre de séjour sollicité.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard des éléments de la situation personnelle de M. C évoqués au point 5, que son admission répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par ailleurs, si M. C produit quelques bulletins de paie correspondant à un emploi saisonnier au cours des années 2015 à 2018, il ne démontre pas davantage que son admission répondrait à des motifs exceptionnels au titre de sa situation professionnelle. Le moyen doit par suite être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, les moyens tirés d'une méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 435-1 du même code sont inopérants à l'encontre de ces décisions et doivent par suite être écartés.
9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5 du présent jugement, le requérant ne démontre pas que les décisions attaquées méconnaitraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit par suite être écarté.
10. En troisième lieu, si M. C soutient que sa vie serait manifestement en danger en cas de retour dans son pays d'origine qu'il a quitté dans des conditions difficiles, il ne produit pas d'élément permettant d'établir ses allégations et la Cour nationale du droit d'asile a retenu, dans une décision du 19 décembre 2013, que ni les déclarations du requérant ni les pièces du dossier n'avaient permis de tenir pour établies les craintes énoncées. Le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Duponteil et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
N. GAULLIER-CHATAGNER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le Greffier en Chef
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026