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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400211

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400211

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS MICHEL LABROUSSE - CELINE REGY - FRANCOIS ARMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2024, M. B C, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a retiré la carte de séjour pluriannuelle dont il était titulaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de Corrèze de lui restituer son titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État, dans le cas de son admission à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'existence d'un acte frauduleux qui lui soit imputable n'est pas avérée, il n'est même pas certain qu'une procédure pénale le concerne directement ; en toute hypothèse, le délit visé par l'article 1810 du code général des impôts n'est pas de nature à constituer une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il justifie d'une vie paisible sur le territoire français depuis dix ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né en 1971, est entré sur le territoire français au mois de mai 2011. Une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " valable du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2026 lui a été délivrée. Par un arrêté du 7 décembre 2023, le préfet de la Corrèze a retiré la carte de séjour pluriannuelle dont il était titulaire, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C sollicite l'annulation de la décision portant retrait de sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 432-4 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public () ". Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une menace à l'ordre public pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

3. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour retirer le titre de séjour détenu par M. C, le préfet de la Corrèze s'est fondé sur la circonstance que ce dernier faisait " l'objet de poursuites judiciaires pour des faits de détention frauduleuse en vue de la vente de tabac manufacturé et importation en contrebande de produits du tabac manufacturé commis le 2 octobre 2023 ". Au soutien de sa requête, M. C, qui conteste avoir commis un acte frauduleux, produit un courrier de son avocat faisant état de son audition au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde au mois de novembre 2023 interrogeant le procureur de la République quant aux suites réservées à cette procédure, ainsi qu'un courrier électronique du service " audiencement " du tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde énonçant qu' " aucun dossier concernant M. C n'est enregistré au parquet du tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde ". Si, dans ses écritures en défense, le préfet de la Corrèze confirme qu'il s'est fondé, pour retirer le titre de séjour, sur la menace que constitue le requérant pour l'ordre public, il se borne, pour étayer l'existence de cette menace, à produire une fiche concernant M. C, extraite du traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), portant la mention " Mise en cause ", laquelle fait état de deux infractions de détention frauduleuse en vue de la vente de tabac manufacturé, et d'importation en contrebande de produits du tabac manufacturé, suivi de la mention d'une interpellation intervenue le 5 octobre 2023, comportant la précision " a été entendu ". A défaut, pour le préfet, d'apporter des éléments complémentaires sur les éventuelles suites judiciaires de l'audition du requérant, le seul enregistrement dans ce fichier de M. C en tant que mis en cause, ne suffit pas à caractériser l'existence de faits constitutifs d'une menace à l'ordre public. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision de retrait de son titre de séjour méconnaît l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze lui a retiré le titre de séjour pluriannuel dont il était titulaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que le préfet de la Corrèze restitue le titre illégalement retiré. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder à cette restitution dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, le conseil du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Armand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce conseil d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Corrèze a retiré le titre de séjour dont était titulaire M. C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de restituer à M. C le titre de séjour pluriannuel dont il bénéficiait, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Armand, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Armand et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

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