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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400219

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400219

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2024, M. B C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, lequel a renoncé à l'indemnité d'aide juridictionnelle, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Vienne s'est cru à tort lié par l'absence de visa de long séjour et n'a pas exercé son pouvoir de régularisation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde ;

- porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1987, est entré en France en janvier 2018 accompagné de son épouse et muni, selon ses dires, d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles. Il a sollicité le 18 avril 2023 un certificat de résidence algérien au titre de sa " vie privée et familiale " et de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 3 juillet 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande. Le tribunal administratif de Limoges a annulé cet arrêté avec injonction de réexaminer sa demande. Par un nouvel arrêté du 12 décembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. M. C, entré en France en 2018, se prévaut principalement de la présence à ses côtés de son épouse et de ses trois enfants nés en France et âgés respectivement de cinq, quatre et un an dont les deux aînés sont scolarisés. De même, il précise que résident sur place les deux sœurs et le frère de son épouse, titulaires de certificats de résidence algériens. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant tout comme son épouse se sont maintenus irrégulièrement en France en dépit de précédentes décisions du 6 septembre 2021 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne les a obligés à quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Algérie, pays dont M. C et son épouse ont la nationalité et dans lequel ils ont vécu la majeure partie de leur existence, ni que leurs enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. La circonstance que la belle famille du requérant réside sur place ne suffit pas à justifier de son droit au séjour. Par ailleurs, s'il bénéficie d'une promesse d'embauche comme plâtrier-peintre, cet élément ne permet pas de caractériser une intégration sociale et professionnelle particulièrement significative. Dans ces conditions, la décision attaquée lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence algérien ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6§5 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié ": cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française " et de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Il résulte de la combinaison des stipulations précitées des articles 7 et 9 de l'accord franco-algérien modifié que la délivrance aux ressortissants algériens d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par les services en charge de l'emploi.

5. M. C ne conteste pas la mention figurant sur la décision en litige selon laquelle il est entré sur le territoire français dépourvu de tout visa. Ainsi, le préfet de la Haute-Vienne pouvait refuser, sur le fondement des stipulations citées au point précédent, de lui délivrer le titre de séjour sollicité pour ce seul motif sans entacher ce refus d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation. En outre, il ressort des pièces du dossier et des énonciations de la décision attaquée, que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, a examiné la situation personnelle du requérant et qu'il ne s'est pas estimé en situation de compétence liée du fait de l'absence de visa long séjour. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. En l'espèce, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement qu'il n'est pas démontré que les enfants de M. C ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie. D'autre part, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants du requérant de l'un de leurs deux parents. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2023 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

A. BLANCHON

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