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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400244

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400244

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantNOUGUES MURIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, Mme B C, représentée par Me Nouguès, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 13 décembre 2023 par lequel le service public d'assainissement non collectif du syndicat mixte Evolis 23 a mis à sa charge une astreinte de 501,60 euros en raison de l'inexécution des travaux de mise en conformité de l'installation d'assainissement non collectif de sa propriété dans les délais légaux ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge d'Evolis 23 une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le titre exécutoire en litige :

-méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'il ne comporte pas les noms, prénoms, qualité et signature de son auteur ;

- méconnait l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 en ce qu'il ne comporte pas les bases de liquidation de la créance ;

-est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que l'existence d'une servitude d'eau pluviale au profit de la commune de Nouzerolles sur son terrain ne lui permet pas d'effectuer les travaux prescrits par le SPANC préalablement aux travaux que la commune doit nécessairement réaliser sur la buse d'eaux pluviales afin de résoudre leur stagnation au bas de sa parcelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2024, le syndicat mixte Evolis 23, représenté par Me Belluc, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C.

Il soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas fondée à connaitre des litiges nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers ;

- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 21 janvier 2025 pour le SPANC et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier ;

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a fait l'acquisition le 9 septembre 2017 d'une propriété située sur la commune de Nouzerolles (Creuse) disposant d'un système d'assainissement non-collectif qu'elle a souhaité mettre aux normes. Après avoir pris contact avec le syndicat mixte Evolis 23, auquel la commune de Nouzerolles a transféré sa compétence en matière d'assainissement non collectif à compter du 1er janvier 2018, elle a déposé le 12 mars 2020 une demande d'installation d'un dispositif d'assainissement non-collectif par épandage qui n'a été validé ni par ce syndicat ni par la commune de Nouzerolles. Le 13 décembre 2023, Evolis 23 a émis le titre exécutoire n° 657 d'un montant de 501,60 euros au titre d'une astreinte pour inexécution des travaux de mise en conformité de l'installation d'assainissement non collectif sur la propriété de la requérante. Mme C demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire et de la décharger du paiement de la somme qui lui est ainsi réclamée.

Sur l'exception d'incompétence soulevée par le syndicat mixte Evolis 23 :

2. En premier lieu, l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales dispose que : " I. - Les communes sont compétentes en matière d'assainissement des eaux usées. () / III. - Pour les immeubles non raccordés au réseau public de collecte, la commune assure le contrôle des installations d'assainissement non collectif. Cette mission consiste : / 1° Dans le cas des installations neuves ou à réhabiliter, en un examen préalable de la conception joint, s'il y a lieu, à tout dépôt de demande de permis de construire ou d'aménager et en une vérification de l'exécution. A l'issue du contrôle, la commune établit un document qui évalue la conformité de l'installation au regard des prescriptions réglementaires ; / 2° Dans le cas des autres installations, en une vérification du fonctionnement et de l'entretien. A l'issue du contrôle, la commune établit un document précisant les travaux à réaliser pour éliminer les dangers pour la santé des personnes et les risques avérés de pollution de l'environnement. () ". Par ailleurs, l'article L. 2224-11 du même code dispose que : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ".

3. Les litiges individuels nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers, qui sont des rapports de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Il n'en va autrement que pour les litiges relatifs à celles de ses activités qui, telle la réglementation, la police ou le contrôle, se rattachent, par leur nature, à des prérogatives de puissance publique.

4. Par ailleurs, l'article L. 1331-1-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Les immeubles non raccordés au réseau public de collecte des eaux usées sont équipés d'une installation d'assainissement non collectif dont le propriétaire assure l'entretien régulier et qu'il fait périodiquement vidanger par une personne agréée par le représentant de l'Etat dans le département, afin d'en garantir le bon fonctionnement () II. - Le propriétaire fait procéder aux travaux prescrits par le document établi à l'issue du contrôle prévu au III de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales, dans un délai de quatre ans suivant la notification de ce document. ". L'article L. 1331-8 du même code dispose que : " Tant que le propriétaire ne s'est pas conformé aux obligations prévues aux articles L. 1331-1 à L. 1331-7-1, il est astreint au paiement d'une somme au moins équivalente à la redevance qu'il aurait payée au service public d'assainissement si son immeuble avait été raccordé au réseau ou équipé d'une installation d'assainissement autonome réglementaire, et qui peut être majorée dans une proportion fixée par le conseil municipal ou le conseil de la métropole de Lyon dans la limite de 400 %. ".

5. Il résulte des dispositions du code de la santé publique citées au point précédent que le propriétaire d'un immeuble non raccordé au réseau public d'assainissement est tenu d'équiper cet immeuble d'une installation d'assainissement non collectif, de l'entretenir régulièrement et de procéder aux travaux prescrits, le cas échéant, par la collectivité compétente en matière d'assainissement lors du contrôle du fonctionnement de ces installations qu'elle a l'obligation d'assurer. Par ailleurs, en application des dispositions combinées du II de l'article L. 1331-1-1 et de l'article L. 1331-8 du code de la santé publique, en cas d'inexécution des travaux prescrits, l'occupant est astreint au paiement d'une somme au moins équivalente à la redevance qu'il aurait payée au service public d'assainissement si son immeuble avait été raccordé au réseau ou équipé d'une installation d'assainissement autonome réglementaire, et qui peut être majorée dans une proportion fixée par le conseil municipal dans la limite de 400 %. La pénalité ainsi prévue par ces dispositions n'est pas le prix du service rendu par le service public industriel et commercial que constitue le SPANC, mais est imposée dans l'intérêt de la salubrité publique. Dès lors, la mise en œuvre des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 1331-1-1 du code de la santé publique se rattache à l'exercice de prérogatives de puissance publique. La contestation de Mme C portant sur un titre de recette exécutoire émis en raison de l'astreinte due en l'absence de réalisation des travaux de mise aux normes de son installation d'assainissement non collectif relève donc de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, l'exception d'incompétence de cet ordre de juridiction doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge du titre exécutoire n° 657 :

6. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

7. L'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable dispose que : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En application de ces dispositions, un titre exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la dette. En application de ce principe, une commune ou un établissement public de coopération intercommunale ne peut mettre en recouvrement la pénalité financière prévue en cas d'inexécution des travaux préconisés dans le cadre de sa mission de contrôle des installations d'assainissement non collectif sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint au titre exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.

8. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire n° 657 émis le 13 décembre 2023 pour un montant de 501,60 euros mentionne en objet " Astreinte 2023 ", sans plus de précisions, et le syndicat mixte ne justifie pas que ce titre était accompagné d'un courrier ou d'un document explicatif permettant à la redevable de comprendre le calcul, et notamment le taux de la majoration appliqué sur le fondement des dispositions de l'article L. 1331-8 du code de la santé publique mentionnées au point 4, auquel il se référait, pour aboutir au montant qui lui est réclamé. Si Evolis 23 soutient que Mme C, en sa qualité de membre du comité syndical, a approuvé la délibération du 7 mars 2023 portant correction des tarifs du SPANC pour l'année 2023 et connaissait ainsi les tarifs applicables, cette délibération ne fait cependant pas, en tout état de cause, état du montant de l'astreinte.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le titre exécutoire n° 657 émis à l'encontre de Mme C le 13 décembre 2023 doit être annulé. Toutefois, cette annulation n'implique pas, compte-tenu de la possibilité de régularisation dont dispose l'autorité administrative et dès lors qu'aucun des moyens relatifs au bien-fondé de la créance n'est susceptible de remettre en cause cette dernière, alors même que Mme C est confrontée à une difficulté résultant d'une situation locale particulière tirée notamment de l'existence d'une canalisation sur son terrain qui aurait le caractère d'une servitude d'eau pluviale au profit de la commune de Nouzerolles, que la requérante soit déchargée de l'obligation de payer la somme dont le titre attaqué l'a constituée débitrice. Par suite, les conclusions aux fins de décharge présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire n° 657 émis le 13 décembre 2023 par le syndicat mixte Evolis 23 pour un montant de 501,60 euros est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au syndicat mixte Evolis 23.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Nouzerolles.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Gillet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

M. A

cg

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