Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400286
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROUX |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février 2024 et le 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Roux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 février 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;
Il soutient que la décision fixant le pays à destination duquel il doit être éloigné est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.
Il soutient les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code pénal,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Crosnier,
- et les observations de Me Roux, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant portugais né le 17 août 1993, fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français prononcée le 4 avril 2023 par la cour d'appel de Bordeaux. En vue de son éloignement à sa sortie du centre pénitentiaire d'Uzerche, le préfet de la Corrèze a, par son arrêté du 18 février 2024, fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette décision d'interdiction définitive du territoire français. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30 et 131-30-2 du code pénal. ". Aux termes de l'article L. 131-30 du code pénal : " La peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime, d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement d'une durée supérieure ou égale à trois ans ou d'un délit pour lequel la peine d'interdiction du territoire français est prévue par la loi. () / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ".
3. Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou dans lequel il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français prononcée le 4 avril 2023 par la cour d'appel de Bordeaux. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette interdiction judiciaire aurait été contestée ni qu'elle aurait été relevée à la date de sa décision du 18 février 2024, le préfet de la Corrèze, qui se trouvait en situation de compétence liée, était tenu de pourvoir à l'exécution de cette mesure et d'éloigner l'intéressé vers le Portugal, pays dont il possède la nationalité. Par suite, et alors qu'en tout état de cause la décision se réfère à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tenant à l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté comme inopérant.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
Y. CROSNIER
Le président,
D. ARTUSLa greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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