jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400319 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KARAKUS-GURSAL HANIFE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 février 2024, M. A C, représenté par Me Karakus, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence dans ce département, sur le territoire de la commune de Limoges, pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- il a été retenu dans les locaux de gendarmerie dans une cellule de garde à vue et non un local de rétention et n'a pas eu accès à son téléphone ; le non-respect de ses droits en rétention administrative entraîne la nullité des arrêtés qui en découlent ;
- ces arrêtés ont été pris par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions portent une atteinte grave et disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et a toujours produit les justificatifs de son emploi ;
- elles méconnaissent les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- cette décision porte une atteinte grave et disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet ne demeure pas une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné Mme Siquier, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Siquier a été entendu lors de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Le requérant a produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 29 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né en 1999, est entré en France le 28 décembre 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 26 décembre 2022, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, laquelle a été annulée par un jugement du 1er juin 2023 du tribunal administratif de Limoges. Le 14 février 2024, M. C a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par un arrêté préfectoral annulé le 22 février suivant par cette même juridiction. Le surlendemain, alors qu'il circulait sur le territoire de la commune d'Aixe-sur-Vienne, M. C a été interpellé par les services de gendarmerie dans le cadre d'un contrôle routier. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a de nouveau assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C sollicite l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, d'admettre à titre provisoire M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
4. En premier lieu, si M. C fait état de ses " conditions de retenue " à la suite du contrôle d'identité dont il a fait l'objet le 24 février 2024, les développements de sa requête sur ce point ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Si M. C allègue, à ce titre, avoir été retenu dans une cellule de garde à vue et n'avoir pas eu accès à son téléphone portable, d'une part, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions de cette retenue. D'autre part, le requérant ne démontre pas, alors qu'il indique par ailleurs avoir saisi la préfecture de la Haute-Vienne de trois demandes de titre de séjour le 8 juin 2021, le 20 septembre 2022 et le 6 octobre 2023, qu'il aurait été mis dans l'impossibilité d'apporter des précisions concernant sa situation, et il ne soulève au demeurant aucun moyen tiré d'un examen incomplet de sa situation.
5. En deuxième lieu, par un arrêté du 16 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2024-012 du 17 janvier 2024 de la préfecture de la Haute-Vienne, Mme D E, sous-préfète de Bellac, a reçu délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne, à l'effet de signer pour l'ensemble du département, dans le cadre de ses permanences ou astreintes : " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. C n'établit ni même n'allègue que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de renvoi :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail () ".
7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C constituerait une menace pour l'ordre public dès lors que le préfet, qui se borne à mentionner dans la décision attaquée que l'intéressé a été signalé à plusieurs reprises par les services de gendarmerie, en juin 2023 pour infraction à la législation sur les stupéfiants et en février 2024 pour infraction à la législation sur les étrangers, infraction à la législation sur les stupéfiants et conduite sans permis, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait fait l'objet d'une condamnation pénale ni même que des poursuites judiciaires seraient engagées. Toutefois, il ressort aussi des pièces du dossier qu'il ne dispose pas de l'autorisation de travail requise par les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'intéressé n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale à ce jour, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Vienne a obligé M. C à quitter le territoire français.
8. En second lieu, d'une part, l'article 6 de l'accord franco-algérien stipule que : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
9. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs au regard de ceux conservés dans son pays d'origine.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant algérien né en 1999 à Sidi Lakhdar, est entré en France, selon ses déclarations, le 28 décembre 2019. Il s'est marié avec une ressortissante française le 27 mars 2021. Le requérant, par les pièces qu'il produit, n'établit pas d'une communauté de vie antérieure. Le couple n'a pas d'enfant et s'est engagé dans une procédure de procréation médicale assistée (PMA). Si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Dans ces conditions, et au vu de ces seuls éléments, le préfet de la Haute-Vienne, en obligeant le requérant à quitter le territoire français et en fixant le pays de renvoi, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a pas méconnu les stipulations ni du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article
L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
13. Si la présence en France du requérant demeure récente, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il a épousé une ressortissante française le 27 mars 2021 avec laquelle il vit. Ce mariage avec une ressortissante française lui ouvre droit à la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions prévues au point 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur d'appréciation. M. C est, par suite, fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans dont il a fait l'objet, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". Selon l'article L. 731-1 de ce code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
16. Il ressort des pièces du dossier que l'éloignement de M. C, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 24 février dernier, demeure, en dépit de la nouvelle demande de titre de séjour qu'il indique avoir déposée le 6 octobre 2023 et des démarches entamées avec son épouse en vue d'une PMA, une perspective raisonnable. Le préfet de la Haute-Vienne pouvait donc l'assigner à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et désigner, sur le fondement de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. En deuxième lieu, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
18. Si M. C soutient qu'il est employé en qualité d'installateur de la fibre et qu'il doit se déplacer régulièrement afin d'accomplir les missions qui lui sont confiées, il n'est ni établi ni même allégué que son activité lui imposerait des déplacements hors de la commune de Limoges, sur le territoire de laquelle il a été assigné à résidence, ou serait incompatible avec ses obligations de présentation au commissariat du lundi au vendredi à 9h00. S'il fait par ailleurs valoir que son épouse doit subir une intervention chirurgicale en avril 2024 à Bordeaux en vue de la réalisation d'une fécondation in vitro le mois suivant, il n'est pas démontré que M. C ne pourrait obtenir un sauf-conduit et ne pourrait effectivement intervenir dans l'hypothèse où sa présence s'avèrerait nécessaire. Dans ces conditions, et dès lors que M. C conserve la possibilité, d'une part, de se déplacer librement, en dehors du temps consacré au respect des obligations de présentation imposées par l'arrêté en litige, dans le périmètre déterminé par la décision attaquée et, d'autre part, de recevoir sa famille et les personnes de son choix, les restrictions apportées à l'exercice par le requérant de sa liberté d'aller et venir ne peuvent être regardées comme excessives ou disproportionnées. Il suit de là que le moyen tiré de l'atteinte excessive à la liberté d'aller et venir doit être écarté.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les éléments produits par M. C ne démontrent pas que les obligations mises à sa charge par l'arrêté litigieux porteraient une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de son droit de mener une vie familiale normale, tel que protégé par le préambule de la Constitution de 1946 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit également être écarté.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a assigné M. C à résidence dans ce département, sur le territoire de la commune de Limoges, pour une durée de quarante-cinq jours doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 200 euros à verser au conseil de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à celui-ci en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 février 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a interdit à M. C le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au conseil de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée à celui-ci en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024 à 17h00.
La magistrate désignée,
H. SIQUIERLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour La greffière en chef,
La greffière,
M. B
No 2400319
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026