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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400371

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400371

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. C E B, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 19 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 794 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- son signataire ne justifie pas d'une délégation régulière ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation ;

- son droit à être entendu préalablement à la mesure a été méconnu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- sa vulnérabilité fait obstacle à son renvoi dans son pays d'origine ;

S'agissant de la décision lui interdisant le retour en France pendant un an :

- elle est insuffisamment motivée au regard des critères prévus aux dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur les circonstances humanitaires de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que les décisions en litige ont été retirées par un arrêté du 28 mars 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1997 à Nangharahar, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 20 novembre 2022 en France où il a demandé l'asile le 14 février 2023. Sa demande a été rejetée le 9 août 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 janvier 2024. Par un arrêté du 19 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait, ou l'abrogation, ainsi opérés acquièrent un caractère définitif faute d'être critiqués dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. Postérieurement à l'introduction de la présente instance, par un arrêté du 28 mars 2024, comportant la mention des voies et délais de recours, le préfet de la Haute-Vienne, pour instruire la première demande de titre de séjour présentée par M. B le 15 février 2024, a retiré l'arrêté en litige du 19 février 2024 dans l'ensemble de ses dispositions. La mesure d'éloignement constituée par l'arrêté du 23 janvier 2024 n'a reçu aucune exécution pendant la période où elle était en vigueur, tandis que l'arrêté de retrait n'a fait l'objet d'aucun recours contentieux. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu pour le tribunal de statuer sur les conclusions de M. B, désormais privées d'objet, tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté en litige.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances particulières de l'espèce, de laisser à la charge de M. B, par ailleurs bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, les frais exposés par lui à l'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6:Le présent jugement sera notifié à M. C E B, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le magistrat désigné,

D. D

La greffière d'audience,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

mf

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