Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400379
mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400379 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GOMOT-PINARD |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2302068 du 8 mars 2024, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Poitiers a transmis le dossier de la requête de M. B C D au tribunal administratif de Limoges.
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. B C D, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat " aux entiers dépens lesquels seront recouvrés conformément à la loi sur l'aide juridictionnelle ".
Il soutient que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire Valls du 28 novembre 2012 relative à l'admission exceptionnelle au séjour.
Par une ordonnance du 9 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mars 2024.
M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Poitiers.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant dominicain né le 3 juin 1987, M. C D déclare être entré sur le territoire français en mai 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 3 octobre 2016 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée le 24 octobre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par des arrêtés du 16 janvier et 13 décembre 2018, le préfet de Guyane lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 20 septembre 2022, il a déposé, auprès de la préfecture de la Vienne, une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de la Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C D est entré en France irrégulièrement, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et qu'il se maintient en situation irrégulière depuis plusieurs années en dépit de deux précédentes décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français. En outre, s'il fait état d'une relation de couple avec Mme E A, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 22 décembre 2025, qui aurait été enceinte à la date de l'arrêté en litige, les seuls éléments produits ne sont de nature à établir ni la réalité ou l'ancienneté de cette relation ni l'état de grossesse invoqué. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France d'un frère et d'une sœur, il ne démontre ni l'ancienneté ni la stabilité des liens entretenus avec eux. Également, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C D serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où, selon les termes non contestés de l'arrêté litigieux, résident son enfant mineur et ses parents. Dans ces conditions, malgré la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée qui lui a été remise pour un emploi de plongeur à compter du 1er octobre 2022, le préfet de la Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C D au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Vienne a méconnu l'article L. 435-1 du même code.
3. En second lieu, la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ne sont pas utilement invocables à l'appui d'un recours dirigé contre une décision portant refus de titre de séjour. Par suite, M. C D ne peut utilement se prévaloir de cette circulaire.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 du préfet de la Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. C D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C D, à Me Gomot-Pinard et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Boschet, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
J. BOSCHET
Le président,
D. ARTUS La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
A. BLANCHON
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