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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400399

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400399

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPREGUIMBEAU-GREZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, M. B A, représenté par Me Preguimbeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi qu'une somme de 13 euros au titre du droit de plaidoirie.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet de la Haute-Vienne n'a pas préalablement consulté la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) Nouvelle-Aquitaine pour recueillir son avis et vérifier la réalité de l'offre d'emploi non satisfaite et la régularité de la société au regard de ses obligations fiscales et sociales ;

- l'absence de visa de long séjour n'est pas opposable aux demandes de titres de séjour présentées sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- alors qu'il remplissait les conditions prévues à l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 25 juin 1993, M. A déclare être entré en France en octobre 2020. Le 31 octobre 2023, en se prévalant d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la SAS Bâti Pro Isolation en qualité d'installateur sanitaire à compter du 9 juin 2023, il a demandé la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 9 janvier 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Selon l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles () 7 (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité et un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () Ce visa de long séjour accompagné des pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence () ". Il résulte de ces stipulations qu'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ne peut être délivré à un ressortissant algérien que s'il justifie présenter un contrat de travail visé par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, désormais appelée Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou une autorisation de travail ainsi qu'un visa de long séjour.

3. Si, pour solliciter le bénéfice d'un certificat de résidence portant la mention " salarié ", M. A s'est prévalu d'une demande d'autorisation de travail de la SAS Bâti Pro Isolation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été titulaire du visa de long séjour mentionné à l'article 9 de l'accord franco-algérien, exigé pour pouvoir être admis au séjour en qualité de " salarié " sur le fondement du b) de l'article 7 du même accord. Dès lors, et contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu, à peine d'irrégularité de sa décision, de consulter la DREETS pour avis avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par suite, le vice de procédure invoqué, tiré du défaut d'avis préalable de la DREETS, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " mentionnée au premier alinéa du présent article. / Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. () / La condition prévue à l'article L. 412-1 du présent code n'est pas opposable ".

5. L'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. D'une part, compte tenu de ce qui a été indiqué au point 5, M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Vienne lui a opposé l'absence de visa de long séjour pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et non pour lui refuser son admission au séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

7. En dernier lieu, à supposer que M. A soit effectivement entré en France en octobre 2020, il est constant qu'il a attendu trois ans pour demander pour la première fois la délivrance d'un titre de séjour de nature à régulariser sa situation. En outre, célibataire et sans enfant, M. A ne justifie pas qu'il disposerait en France de liens privés ou familiaux d'une particulière intensité. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie. S'il ressort des pièces du dossier que, le 15 février 2022, il a créé une autoentreprise ayant comme activité la réalisation de travaux d'électricité, M. A ne justifie ni d'un chiffre d'affaires dégagé du fait de cette activité ni que cette autoentreprise existait toujours à la date de l'arrêté en litige. Par suite, en dépit de l'emploi d'installateur sanitaire qu'il exerce sans autorisation de travail sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 9 juin 2023 auprès de la SAS Bâti Pro Isolation, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2024 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

J. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. C

mf

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