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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400402

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400402

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2400969 du 13 mars 2024, le président de la 3e chambre du tribunal administratif d'Orléans a renvoyé au tribunal, en application des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B C le 9 mars 2024.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Limoges le 13 mars 2024, M. B C, représenté par Me David, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 février 2024 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 2 400 euros à verser à son conseil, ou à lui verser si le bureau d'aide juridictionnelle ne faisait pas droit à sa demande.

Il soutient que :

- sa requête est recevable compte tenu du dépôt d'un recours en excès de pouvoir contre la décision en litige ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve, en conséquence du refus qui lui a été opposé, dans une situation d'extrême précarité matérielle menaçant son état de santé physique et psychologique ; il est lourdement handicapé ; alors qu'il est déjà arbitrairement privé de conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le refus litigieux l'empêche de bénéficier d'une allocation adulte handicapé en raison du maintien de l'irrégularité de son séjour ; en outre, faute de domicile fixe il ne peut être opéré de sa hernie car il a besoin de passer sa convalescence dans un hébergement pérenne ; il présente une vulnérabilité objective au sens des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu des différentes formes de violences vécues et subies en lien avec son pays d'origine, de son parcours migratoire, de sa nationalité, de sa religion et de son genre ressenti ; les motifs de sa seconde demande de réexamen sont justement liés à son identité transgenre et à sa bisexualité, caractéristiques considérées comme une forme d'homosexualité dans son pays d'origine et qui seraient perçues comme une transgression d'une norme sociale l'exposant, en cas de retour, à de très graves violences, tant par sa famille et ses proches que par les pouvoirs publics, et qui justifient, à cet égard, la reconnaissance du statut de réfugié par la Cour nationale du droit d'asile ; plus encore, la décision en litige l'expose au risque d'être à tout moment éloigné du territoire français en application de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

' il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ; la décision ne fait pas l'objet d'une publicité suffisante ; il n'est pas davantage établi que l'arrêté de délégation est signé du préfet ;

' elle est insuffisamment motivée ; elle se borne à viser l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle se contente de reprendre les procédures relatives à la demande d'asile initiale et à la première demande de réexamen qui se sont soldées par des rejets définitifs et des obligations de quitter le territoire datant de 2019 et 2021 et dès lors plus valides ;

' elle est entachée d'un vice de procédure tant au regard de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne que du droit interne en ce qu'elle n'a pas été précédée d'un débat contradictoire ;

' elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle se contente de reprendre les procédures relatives à la demande d'asile initiale et à la première demande de réexamen du requérant qui se sont soldées par des rejets définitifs et des obligations de quitter le territoire datant de 2019 et 2021 et dès lors plus valides puis d'en déduire automatiquement et sans aucune justification, que le recours serait abusif alors que conformément à l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si l'attestation de demande d'asile peut être refusée lorsque le droit au maintien a pris fin parce que le requérant a présenté une nouvelle demande de réexamen, c'est toutefois sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 3 de la CESDH prohibant les traitements inhumains ou dégradants dont ne justifie pas en l'espèce le préfet ; au demeurant, ce refus n'est qu'une faculté qui aurait dû être appréciée en mentionnant la situation personnelle d'ensemble du requérant, son âge, sa nationalité, son état de santé et sa situation matérielle ou familiale ;

' elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa vulnérabilité et à la précarité de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, être une personne vulnérable au sens et pour l'application des dispositions de l'article 21 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ; plus largement, il n'établit pas davantage que les conditions matérielles d'accueil ne pouvaient pas lui être refusées sans qu'il soit porté atteinte au principe de proportionnalité rappelé au 5° de l'article 20 de cette directive ; par ailleurs, l'attestation de demande d'asile ne figure pas sur la liste des documents permettant aux ressortissants étrangers de bénéficier de l'allocation aux adultes handicapés, outre que le requérant ne justifie pas d'une incapacité permanente ou encore d'une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi qui le rendrait éligible à cette allocation ; enfin, l'intéressé ne peut sérieusement soutenir que la décision querellée l'exposerait au risque d'être, à tout moment, éloigné du territoire français alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ferait actuellement l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Limoges le 13 mars 2024 sous le n° 2400405 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me David, représentant M. C,

- et les observations de Me Hervois, représentant la préfète du Loiret.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant jordanien d'origine saoudienne, est entré, selon ses déclarations, en France le 2 avril 2016 et y a sollicité l'asile. Par une décision du 31 mai 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a rejeté sa demande. Son recours contre cette décision a été rejeté le 25 septembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 28 janvier 2021, M. C a introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Ofpra du 4 février 2021, confirmée par la CNDA le 9 juin suivant. Le 2 février 2024, l'intéressé a de nouveau sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'une attestation de demande d'asile au motif que sa demande constituerait un recours abusif aux procédures d'asile. M. C, qui a formé un recours tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions citées au point 2, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle dont la demande a été déposée devant le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif d'Orléans le 7 mars 2024.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

5. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. (). / La délivrance de cette attestation () ne peut être refusée que dans les cas prévus aux c ou d du 2° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / 2° Lorsque le demandeur : () / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ".

6. Les dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 521-7, qui se bornent à renvoyer aux c et d du 2° de l'article L. 542-2 pour identifier les cas dans lesquels le préfet peut refuser la délivrance d'une attestation de demande d'asile, n'impliquent pas que la situation du requérant soit examinée au regard des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale alors d'ailleurs que la décision attaquée, qui ne porte pas éloignement du territoire français, est par elle-même susceptible d'exposer le requérant à des traitements inhumains ou dégradants

7. En l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués et rappelés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance ne paraît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, que les conclusions à fin de suspension présentées par M. C, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie en sera adressée pour information à la préfète du Loiret.

GHELLAMGGGG

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le juge des référés,

N. A

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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