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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400406

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400406

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGALINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2024, Mme A F, épouse C, représentée par Me Galinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sous quinzaine et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

3°) mettre les dépens à la charge de l'Etat.

Elle fait valoir que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait lui opposer que sa situation relève du regroupement familial pour refuser de lui faire bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne pouvait être retenu que la cellule familiale peut être " réunie " et " prospérer en Moldavie " dès lors, d'une part, que M. C a un enfant en France, née d'une précédente union et dont il s'occupe, d'autre part, qu'il est actuellement employé par la commune de Limoges en contrat à durée déterminée ;

- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est illégale au regard des mêmes moyens que ceux développés à l'appui de la contestation du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante moldave née le 9 mai 1982 et entrée en France le 16 juillet 2022, accompagnée de son fils B E, demande l'annulation de l'arrêté du 13 février 2024, par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier , aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile exclut expressément de son champ d'application l'étranger entrant dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial. Il résulte de l'article L. 434-2 du même code que tel est le cas du conjoint, âgé de plus de dix-huit ans, du ressortissant étranger séjournant régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est mariée le 8 décembre 2023 avec un compatriote moldave, résidant régulièrement en France depuis 2010 et actuellement titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable depuis le 23 septembre 2021. Elle entre, ainsi que son fils mineur, sur le fondement pour ce dernier de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial, au sens de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, si la requérante soutient qu'à la date à laquelle elle a formulé sa demande de titre de séjour, elle n'était pas encore mariée et n'entrait donc pas dans le champ des dispositions relatives à la procédure du regroupement familial, une telle circonstance est sans incidence, dès lors que le préfet a apprécié sa situation non pas à la date de cette demande mais à la date de l'arrêté en litige. La requérante ne peut, en conséquence, se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui sont pas applicables. Par suite, le préfet de la Haute- Vienne n'a pas commis d'erreur de droit en opposant à sa demande la procédure du regroupement familial à laquelle elle était éligible.

4. En deuxième lieu, Mme C est entrée récemment en France en juillet 2022. Si elle se prévaut de son mariage avec un compatriote moldave le 8 décembre 2023, ce mariage, célébré en Moldavie, était récent à la date de la décision contestée et aucun élément au dossier, autre que les déclarations de l'intéressée dans le cadre de sa demande de titre de séjour du 9 septembre 2022, ne permet d'attester d'une ancienneté de vie commune avant cette date, ni avant l'entrée en France de Mme C, ni entre la date de sa venue sur le territoire français et le 1er novembre 2023. En outre, les époux n'ont pas d'enfant en commun. Si l'intéressée se prévaut de la scolarisation de son fils B, âgé de 15 ans, au collège Léonard Limosin dans le dispositif UPE2A depuis 2023, cette scolarisation restait récente à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, en refusant d'admettre au séjour Mme C, laquelle en dépit du suivi de cours de français ne témoigne pas d'une intégration particulièrement notable, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. La requérante se bornant à invoquer à l'encontre de cette décision les mêmes moyens que ceux développés pour contester la décision du refus de titre de séjour, il y a lieu, en tout état de cause, d'écarter ces moyens pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 4.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris les conclusions accessoires présentées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. Dmf

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