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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400416

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400416

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, Mme C, représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- n'a pas pris en compte sa demande au regard de sa situation de parent d'enfant français ;

- elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1992, est entrée sur le territoire français le 19 décembre 2018 sous couvert d'un visa court séjour. Sa première demande de titre de séjour en raison de ses liens privés et familiaux du 22 juin 2022 a fait l'objet d'un refus, confirmé par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 23 novembre 2023. Par une nouvelle demande du 11 juillet 2023, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 janvier 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la demande déposée le 11 juillet 2023 par Mme A que cette dernière a sollicité un titre de séjour en raison des violences verbales et psychologiques qu'elle dit avoir subies de la part de son ancien partenaire de pacte civil de solidarité et de la plainte déposée à cet effet le 28 juin 2023, et non en sa qualité de parent d'enfant français ou au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 ni de celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas examiné la situation de la requérante au regard de sa qualité de parent d'enfant français et au titre de sa vie privée et familiale doit être écarté comme inopérant.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435 ". Le préfet n'est tenu, en application des articles L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Ainsi, dès lors que la requérante n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un des titres de séjour qui sont énumérés par ces dispositions, le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

4. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () ; / 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle peut intervenir en cours d'instance et jusqu'à un an après la fin de l'instance. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". Aux termes des deux derniers alinéas de l'article 65 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle. / Le retrait entraîne l'obligation, pour le bénéficiaire, de rembourser le montant des frais exposés par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ".

6. La requête enregistrée le 15 mars 2024 sous le n° 2400416 se borne à reprendre les écritures produites à l'appui de la précédente requête enregistrée le 10 février 2023 sous le n° 2300206, sans tenir compte du fondement de la nouvelle demande de titre de séjour déposée par Mme A le 6 juillet 2023.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu du caractère dilatoire de la requête de Mme A, dépourvue de tout rapport avec sa situation personnelle ayant motivée sa demande de titre de séjour, de lui retirer le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2:Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à Mme A.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Karakus et au préfet de la Haute-Vienne. Une copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Limoges.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

D. ARTUS

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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