jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MARTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, Mme B C A, représentée par Me Marty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros, à verser à son conseil lequel a renoncé à l'indemnité d'aide juridictionnelle, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'une insuffisance de motivation quant au refus de délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence de visa de long séjour pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée de deux erreurs de faits substantielles puisque ses deux enfants sont présents avec elle et scolarisés et qu'elle entretient toujours une relation avec un ressortissant français.
Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :
- ces décisions et celle de délai de départ volontaire sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle est la conséquence automatique du refus de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants.
La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Vienne qui n'a pas présenté d'observations.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante mauricienne née en 1987, est entrée régulièrement en France le 8 décembre 2022. Elle a sollicité le 3 octobre 2023 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 18 janvier 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, la décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour comporte les motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, en particulier pour ce qui concerne le refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire en vertu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne satisfait pas aux exigences de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 18 janvier 2024 que le préfet de la Haute-Vienne s'est fondé sur l'absence de visa de long séjour pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non de celles de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit au motif qu'il ne pouvait légalement opposer l'absence de visa de long séjour pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France le 8 décembre 2022. Si, contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Haute-Vienne, ses deux enfants âgés de 10 et 13 ans sont présents à ses côtés et régulièrement scolarisés, rien ne fait obstacle à ce que ces derniers, dont il est constant qu'elle les élève seule, la suivent et poursuivent leur scolarité dans leur pays d'origine où réside leur père dont il n'est au demeurant pas établi qu'il ne disposerait plus de la garde. Si Mme A se prévaut d'une relation depuis 2018 et d'un projet de mariage avec un ressortissant français rencontré sur un site internet, elle n'établit ni l'ancienneté ni l'intensité de cette relation par la simple production d'une attestation de ce dernier, postérieure à la décision attaquée, et dans laquelle il explique l'absence de vie commune par le souhait de ne pas perturber par un changement brutal de cadre de vie les deux enfants de la requérante. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée, son insertion professionnelle, qui a débuté en janvier 2023, demeure relativement récente à la date de la décision attaquée. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale des décisions attaquées, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige, spécifique à cette mesure dans le corps de l'arrêté du 18 janvier 2024 et énonçant clairement les circonstances de droit et de fait propres à la situation de Mme A sur lesquelles le préfet a fondé son appréciation pour prendre cette mesure, que celui-ci a procédé à un examen particulier de l'application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le champ de laquelle entrent les ressortissants mauriciens. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'en s'estimant lié par le refus de séjour, le préfet de la Haute-Vienne aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit manque en fait et doit être écarté.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. En dernier lieu, aux termes de de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
10. En l'espèce, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement qu'il n'est pas démontré que les enfants de Mme A, scolarisés récemment en France, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. D'autre part, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur mère. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2024 et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par Mme A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à B C A, à Me Marty et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
D. ARTUS
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026