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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400459

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400459

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 21 et 26 mars 2024, M. C D, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 19 mars 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prolongé d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet, d'autre part, l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 794 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- alors que le préfet de la Haute-Vienne a consulté le traitement des antécédents judiciaires puisqu'il indique à plusieurs reprises dans l'arrêté litigieux qu'il est " défavorablement connu des services de police ", il n'est pas justifié que, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, le procureur de la République a préalablement été sollicité ;

- le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public ;

- cette décision méconnaît le 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît le 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est nulle en conséquence des nullités affectant le refus de séjour ;

- alors que le préfet de la Haute-Vienne a consulté le traitement des antécédents judiciaires puisqu'il indique à plusieurs reprises dans l'arrêté litigieux qu'il est " défavorablement connu des services de police ", il n'est pas justifié que, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, le procureur de la République a préalablement été sollicité ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît le 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est nulle en conséquence des nullités affectant le refus de séjour.

Sur la prolongation d'un an de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée par rapport à sa situation personnelle.

Sur l'assignation à résidence :

- cette mesure est entachée d'un défaut de base légale en raison des illégalités affectant les décisions sur lesquelles elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;

- le décret n° 2020-1716 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné M. Boschet, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique à laquelle le préfet de la Haute-Vienne n'était ni présent ni représenté :

- le rapport de M. E Boschet,

- les observations de Me Roux, pour M. D ; Me Roux précise, qu'à son sens, les échanges de courriels produits en défense entre les services de la préfecture et le bureau d'ordre pénal du tribunal judiciaire de Limoges ne suffisent pas à démontrer que les garanties procédurales prévues au 5° du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ont été respectées ; elle relève que ces échanges confirment qu'à l'exception des faits ayant justifié la condamnation prononcée par le jugement du 30 janvier 2020, les faits pour lesquels il est mentionné comme mis en cause dans le TAJ, dont son client conteste la matérialité, n'ont donné lieu à aucune condamnation et ne pouvaient être pris en compte par l'autorité administrative pour caractériser une menace à l'ordre public ; elle conteste le bien-fondé de l'avis du 28 novembre 2023 de la commission du titre de séjour, qui mentionne de manière surprenante " de nombreuses condamnations judiciaires pour des faits souvent très graves " alors que la seule condamnation dont son client a fait l'objet est celle de quatre mois d'emprisonnement avec sursis prononcée par le jugement du 30 janvier 2020 ; elle soutient que, depuis l'examen par le tribunal et la cour administrative d'appel de Bordeaux des recours dirigés contre l'arrêté du 18 mai 2022, la situation personnelle et familiale du requérant a notablement changé ; Me Roux note que l'absence à ce jour de preuve de nationalité française de l'enfant Zakaria résulte probablement d'une forme " d'obstruction " de sa mère ; elle confirme que, depuis novembre 2022, M. D vit à Panazol avec sa compagne française, Mme A ; enfin, elle insiste sur le fait que la décision obligeant M. D à quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants, avec lesquels il entretient des liens très forts.

Après avoir prononcé la clôture de l'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 26 avril 1991, M. D déclare être entré en France en 2018. Sous l'identité d'Ahmed Abo Ali, de nationalité syrienne, il a fait l'objet d'un arrêté du 13 juin 2019 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 8 octobre 2020, il a à nouveau fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une prolongation d'une durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français. Le 18 mai 2022, à la suite de son interpellation pour des faits de violences commises à l'encontre de son ancienne compagne alors enceinte, il s'est vu notifier un arrêté du même jour lui faisant encore obligation de quitter le territoire français sans délai. Le 13 septembre 2022, il a demandé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de père d'un enfant français. Par un arrêté du 19 mars 2024, pris à la suite d'un avis défavorable rendu le 28 novembre 2023 par la commission du titre de séjour, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prolongé pour une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet. Par cette requête, M. D sollicite l'annulation de cet arrêté et de celui du même jour l'assignant à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". M. D a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Par conséquent, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui ressort de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

4. En l'espèce, en raison de la mesure d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. D, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 19 mars 2024 faisant obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prolongeant d'une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, ainsi que celles aux fins d'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 prononçant son assignation à résidence et les conclusions qui leur sont liées. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation du refus d'admission au séjour et les moyens afférents, ainsi que les conclusions accessoires qui y sont liées demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. Pour refuser à M. D la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet de la Haute-Vienne, qui ne conteste ni qu'il exerce l'autorité parentale à l'égard de son fils de nationalité française Wassim né le 16 novembre 2022 ni qu'il subvient effectivement aux besoins de cet enfant, s'est fondé sur la circonstance que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public au motif que, par un jugement du 30 janvier 2020 du tribunal correctionnel de Limoges, il a été condamné à une peine de quatre mois de prison avec sursis pour des faits de rébellion et de dégradation d'un bien destiné à l'utilité ou la décoration publique commis le 12 juin 2019, et, qu'au vu des mentions qui sont portées au traitement des antécédents judiciaires (TAJ), il est " défavorablement connu des services de police " pour des faits de refus d'obtempérer, mise en danger d'autrui et conduite sans assurance commis le 12 juin 2019, des faits de détention, cession et offre de stupéfiants commis le 8 octobre 2020, des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France commis le 7 janvier 2022, des faits de reconnaissance d'enfant pour l'obtention d'un titre de séjour, d'une protection contre l'éloignement ou pour l'acquisition de la nationalité française commis le 7 janvier 2022 et des faits de violences habituelles sur une personne vulnérable n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à 8 jours commis le 17 mai 2022.

8. Cependant, s'agissant des faits pour lesquels M. D est mentionné au TAJ sans toutefois qu'une condamnation pénale n'ait été prononcée, l'intéressé en conteste expressément la matérialité et, en défense, le préfet de la Haute-Vienne ne produit aucun élément susceptible d'en démontrer la réalité. Il ressort au contraire des échanges entre les services de la préfecture et le bureau d'ordre pénal du tribunal judiciaire de Limoges versés au dossier que, parmi ces faits, seuls ceux relatifs aux violences qui auraient été commises le 17 mai 2022 ont donné lieu à poursuites pénales, lesquelles ont abouties à un classement sans suite le 29 juillet 2022. Or, alors que les faits ayant justifié la condamnation prononcée le 30 janvier 2020 étaient anciens de près de cinq ans à la date des arrêtés contestés, cette condamnation pénale à une peine de quatre mois de prison avec sursis, même associée à la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté trois précédentes mesures d'éloignement, n'est pas de nature à caractériser que, par son comportement général, sa présence constituerait, compte tenu par ailleurs des liens qu'il entretient avec sa compagne de nationalité française et ses deux jeunes enfants, une menace suffisamment réelle et sérieuse pour l'ordre public susceptible de fonder légalement la décision de refus de délivrance du titre de séjour qu'il a sollicité. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir, par voie d'exception, que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 au motif que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et prolongation pour un an de son interdiction de retour sur le territoire français et de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

11. Le présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français du 19 mars 2024 du préfet de la Haute-Vienne et les décisions subséquentes, implique que le préfet procède au réexamen de la situation de M. D et lui délivre durant cet examen une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de statuer à nouveau sur sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer durant ce délai une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 qu'il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans cette instance. Sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, Me Roux, son avocate, peut donc se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur ce fondement, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de Me Roux, qui renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de M. D dirigées contre la décision du 19 mars 2024 du préfet de la Haute-Vienne portant refus de délivrance d'un titre de séjour et les conclusions qui leur sont liées sont renvoyées à une formation collégiale.

Article 3 : Les décisions du 19 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prolongé d'un an son interdiction de retour sur le territoire, ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, sont annulés.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de la situation de M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D au bénéfice à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Roux, qui renonce à percevoir la part contributive payée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024 à 16h30

Le magistrat désigné,

J.B. BOSCHETLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le greffier en chef,

La Greffière

M. B

No 2400459

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