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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400490

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400490

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPEUDUPIN AURÉLIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Duponteil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le Préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au Préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 422-1 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée des mêmes vices que ceux affectant la légalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le Préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, subsidiairement que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République Démocratique du Congo, est entrée régulièrement en France en août 2019 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour afin d'y poursuivre des études supérieures. Elle a bénéficié de renouvellements de ce titre de séjour jusqu'au 30 novembre 2023. Par un arrêté du 27 décembre 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de ce titre de séjour " étudiant " présentée le 7 décembre 2023, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Contrairement à ce qui est soutenu en demande, les décisions portant refus de renouvellement d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français comportent de façon suffisamment développée les considérations de fait, notamment les éléments relatifs au parcours universitaire de l'intéressée et à sa vie privée et familiale, mais aussi de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tenant à l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. À cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné, notamment, à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu un brevet de technicien supérieur (BTS) de comptabilité et gestion à l'issue des années universitaires 2019-2020 et 2020-2021. Pour l'année universitaire 2021-2022 l'intéressée, inscrite en 2ème année de Licence AES au sein de l'Université de Limoges, n'a validé que deux blocs d'enseignements sur six et a été déclarée " ajournée " en session 2 avec une moyenne de 7,71/20. A l'issue de l'année universitaire 2022-2023, l'intéressée qui redoublait sa 2ème année de licence a été de nouveau déclarée " défaillante " au terme de cette année sans qu'une progression ne soit observable et alors que le bulletin de notes produit en défense fait apparaître beaucoup d'absences injustifiées. Dans ces conditions, et alors qu'elle s'est de nouveau inscrite dans cette même formation pour l'année universitaire 2023-2024, le parcours universitaire de l'intéressée depuis la rentrée universitaire 2021-2022 dénote un manque de sérieux et d'investissement dans les études. Par suite, eu égard aux échecs répétés de l'intéressée et à son absence de progression, le préfet de la Haute-Vienne était fondé, sur la base des dispositions citées au point 3, à lui refuser le renouvellement de son titre de séjour.

5. En second lieu, l'intéressée est célibataire et sans enfant. Alors au demeurant que la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " ne donne pas vocation à s'installer durablement en France, Mme C ne démontre pas avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux dans ce pays alors, d'une part, qu'elle n'y dispose que d'oncles et de tantes, d'autre part, qu'elle est pourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où elle a passé la majeure partie de sa vie, jusqu'à l'âge de dix-huit ans, et où réside notamment son père. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de renouvellement qui lui a été opposé porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est notamment garanti par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant éloignement qui lui a été opposée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions accessoires.

Sur les frais de justice sollicités par le préfet de la Haute-Vienne :

8. Il n'y a pas lieu, dès lors qu'il ne justifie pas avoir exposé des frais de conseil, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de la Haute-Vienne tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au Préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Martha, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUSLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. B

cg

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