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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400537

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400537

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEMOSTHENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 29 mars 2024 et le 17 mai 2024, M. A B, représenté par Me Dhaeze Laboudie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mars 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prolongé de deux ans l'interdiction de séjour du 2 novembre 2018 et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 mai 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (). ".

2. M. A B, ressortissant algérien né en 1993 à Nekmaria, est entré irrégulièrement en France en 2012 selon ses déclarations. Il a a été condamné à deux mois d'emprisonnement avec sursis en 2012 pour des faits de violation de domicile à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes, vol, dégradation ou détérioration du bien d'autrui en réunion, à quinze jours d'emprisonnement en 2012 pour des faits d'acquisition non autorisée de détention, d'usage illicite de stupéfiants, d'entrée ou séjour irrégulier d'un étranger en France, à six mois d'emprisonnement en 2013 pour des faits de non communication de document ou de renseignement permettant l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière, à deux mois d'emprisonnement en 2014 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation en récidive et vol aggravé en récidive, à quinze jours d'emprisonnement en 2014 pour des faits de vol en récidive, à neuf mois d'emprisonnement en 2018 pour des faits de vol facilité par l'état d'une personne vulnérable en récidive, maintien irrégulier sur le territoire français après un placement en rétention, usage illicite de stupéfiants, à trois mois d'emprisonnement en 2018 pour des faits de vol en récidive et à quatre mois d'emprisonnement en 2019 pour des faits de vol en récidive et de maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention. Plus récemment, ainsi qu'il ressort de sa fiche pénale, il a été condamné en 2021 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de violences commis entre le 2 février 2020 et le 2 octobre 2021 à l'encontre de la mère de son fils français, soit en partie pendant une période où cette dernière était enceinte de cet enfant, né le 8 juillet 2020. Il a fait l'objet de deux nouvelles interpellations le 11 mars 2024 notamment pour des infractions liées à la législation sur les stupéfiants puis le 26 mars 2024 pour des faits de vol aggravé. Eu égard à la nature, à la gravité et à la répétition de ces faits, ainsi qu'à l'absence de tout élément de nature à écarter un risque de récidive ou à justifier d'une perspective sérieuse et durable d'insertion dans la société française, M. B en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. D'autre part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations et des dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. B a fait l'objet de trois arrêtés, en date des 6 avril 2012, 20 février 2017 et 2 novembre 2018, l'obligeant notamment à quitter le territoire français. Le 1er juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de père de son fils de nationalité française, né en 2020. A la suite d'un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour émis par la commission du titre de séjour le 6 juillet 2022, la préfète de la Haute-Vienne, par décision du 20 janvier 2023 confirmée le 6 juin 2023 par le tribunal administratif de E, a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi et le préfet l'a assigné à résidence du 2 août 2023 au 16 septembre 2023. Le requérant n'a pas exécuté cette décision et, le 17 octobre 2023, le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, jusqu'au 2 décembre 2023, puis, le 27 mars 2024 pour une nouvelle période allant du 28 mars 2024 au 12 mai 2024. S'il se prévaut de la présence en France de son fils C, qui dispose de la nationalité française et qui a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Vienne à compter de juin 2022, placement confirmé au moins jusqu'au 16 décembre 2023 par un jugement rendu le 12 décembre 2022 par le tribunal pour enfants de E, il ressort de ce jugement que si M. B " exerce régulièrement son droit de visite, () le service s'interroge sur ses capacités éducatives et sa perception des besoins de l'enfant ", qu'il " reste peu accessible à la remise en question, ne prenant pas conscience de ses propres responsabilités " et qu'un " accompagnement autour de sa fonction parentale semble indispensable ". Le jugement en assistance éducative du 11 décembre 2023 révèle, pour sa part, que M. B exerce régulièrement son droit de visite au service chaque semaine, qu'il est globalement adapté, se montrant très attaché à son fils et lui proposant des activités adaptées et que le juge des enfants lui a accordé un droit de visite hebdomadaire désormais semi-accompagné au service, avec des possibilités de sortie, les modalités devant être fixées avec le service gardien. Il ressort aussi de ce jugement que la mère de l'enfant ne s'est plus présentée aux visites avec son fils depuis février 2023 alors qu'elle était incarcérée en Guyane pour des faits de détention de stupéfiants et que depuis son retour à E elle ne s'est rendue à aucun des quatre entretiens éducatifs convenus et le service gardien, à l'exception d'un entretien au mois de septembre n'a plus de contact avec elle. Elle ne s'est d'ailleurs pas présentée à l'audience du 11 décembre 2023 du juge des enfants et de dernier, en conséquence de l'ensemble de ces éléments, a suspendu les droits de visite de la mère de l'enfant. Toutefois, ce second jugement n'est pas suffisant à établir des liens d'une particulière intensité entre le requérant et son fils. En outre, malgré la durée de sa présence alléguée en France, M. B, qui est notamment séparé de la mère de son enfant, n'établit pas y avoir noué des liens privés ou familiaux d'une particulière intensité ou être dépourvu d'attaches en Algérie. Enfin, comme il a été relevé au point précédent, la présence de M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire sans délai, le préfet de la Haute-Vienne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et qu'il aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. En l'espèce, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, l'article 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " 1. Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant à l'éducation, et en particulier, en vue d'assurer l'exercice de ce droit progressivement et sur la base de l'égalité des chances : / a) Ils rendent l'enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous; / b) Ils encouragent l'organisation de différentes formes d'enseignement secondaire, tant général que professionnel, les rendent ouvertes et accessibles à tout enfant, et prennent des mesures appropriées, telles que l'instauration de la gratuité de l'enseignement et l'offre d'une aide financière en cas de besoin;/ c) Ils assurent à tous l'accès à l'enseignement supérieur, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés;/ d) Ils rendent ouvertes et accessibles à tout enfant l'information et l'orientation scolaires et professionnelles; / e) Ils prennent des mesures pour encourager la régularité de la fréquentation scolaire et la réduction des taux d'abandon scolaire. / 2. Les Etats parties prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que la discipline scolaire soit appliquée d'une manière compatible avec la dignité de l'enfant en tant qu'être humain et conformément à la présente Convention. / 3. Les Etats parties favorisent et encouragent la coopération internationale dans le domaine de l'éducation, en vue notamment de contribuer à éliminer l'ignorance et l'analphabétisme dans le monde et de faciliter l'accès aux connaissances scientifiques et techniques et aux méthodes d'enseignement modernes. A cet égard, il est tenu particulièrement compte des besoins des pays en développement ".

8. L'intéressé ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 28 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que ces dernières ne créent des obligations qu'entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés, et ne peuvent être dès lors utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir.

9. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a prolongé de deux ans la durée de l'interdiction de séjour et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dhaeze Laboudie et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. D

bb

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