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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400546

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400546

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGHOUNBAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées le 2 avril 2024, le 3 mai 2024 et le 6 mai 2024, Mme D C épouse B, représentée par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai et trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons médicales dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, ce dernier renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit car elle a été prise comme une conséquence automatique du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect de la vie privée et familiale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne de la conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 mai 2024.

Mme C été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

2. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur un avis du 30 janvier 2024 du collège des médecins de l'Ofii qui a estimé qu'un défaut de prise en charge médicale était susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Pour contester l'appréciation portée par le préfet, Mme C, qui a levé le secret médical, produit des certificats médicaux établis par un médecin spécialiste en cardiologie du cabinet Mosta Cardiac de Mostaganem (Algérie), un compte rendu d'hospitalisation du 3 février au 23 février 2022 établi par un médecin du service de suites et de réadaptation de cardiologie de la MGEN de Sainte-Feyre, des courriers de médecins du service cardiologie du centre hospitalier universitaire de Limoges des 29 août 2023, 12 septembre 2023, 4 novembre 2023, 22 novembre 2023 et 28 décembre 2023 qui révèlent que la requérante, suite à un infarctus du myocarde le 30 mai 2022 compliqué d'une dysfonction ventriculaire gauche et d'une insuffisance mitrale secondaire importante, a subi une intervention chirurgicale le 12 janvier 2023 qui a permis le remplacement valvulaire mitrale ainsi que l'implantation d'un défibrillateur de marque Boston visant à prévenir la mort subite cardiaque. En outre, comme en attestent un médecin spécialiste en cardiologie du cabinet Mosta Cardiac le 11 mars 2024 ainsi qu'un médecin du service cardiologie du centre hospitalier universitaire de Limoges le 15 mars 2024, l'implantation de ce défibrillateur sous-cutané nécessite un suivi par télésurveillance et un contrôle clinique régulier qui ne pourra être assuré en Algérie qui ne dispose pas des équipes médicales spécialisées pour cette technique, comme le confirme encore le rapport médical du 14 avril 2024 d'un cardiologue du centre hospitalier universitaire de Mostaganem. Le préfet de la Haute-Vienne, qui en défense se borne à faire valoir que la requérante va bien et ne présente pas de signe de décompensation cardiaque le 12 septembre 2023, qu'elle a subi un choc test sans soucis le 22 novembre 2023 et que le certificat médical du 15 mars 2024 n'apporte aucun élément nouveau qui n'aurait pas été pris en compte par le collège des médecins de l'Ofii n'apporte aucune information de nature à venir contredire le constat d'une absence d'équipe médicale spécialisée en Algérie pouvant assurer la prise en charge que nécessite l'état de santé de la requérante. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne, en refusant de délivrer un certificat de résidence à Mme C en raison de son état de santé a méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai et trente jours et a fixé le pays de renvoi, doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à Mme C un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros, Me Ghounbaj renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer à Mme C un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Me Ghounbaj, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse B, à Me Ghounbaj et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

H. SIQUIER

Le président,

N. NORMAND

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. A

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