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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400614

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400614

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOREAU LISE-NADINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'irrégularité dès lors que le préfet n'a pas consulté la commission du titre de séjour alors que la requérante remplit les conditions d'octroi d'un certificat de résidence algérien en application de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité affectant le refus de séjour ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité affectant la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique, sur sa proposition, a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaullier-Chatagner a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née en 1981, est entrée sur le territoire français au mois d'août 2016, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 20 juin 2016 au 20 septembre 2016. Elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le 27 juillet 2018. Mme B a présenté une nouvelle demande de certificat de résidence algérien le 26 décembre 2023. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Mme B sollicite l'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Si Mme B fait état de sa présence en France depuis plusieurs années, de son absence de liens en Algérie alors que son frère et son père sont présents sur le territoire français et titulaires d'un certificat de résidence de dix ans, ainsi que des cours de français qu'elle suit et de son investissement dans une association, ces éléments ne suffisent pas à caractériser un enracinement ou une intensité des liens tissés par la vie privée et familiale au sens des stipulations précitées, alors que la requérante a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans en Algérie où elle a nécessairement établi des liens en dépit de son divorce prononcé au cours de l'année 2013. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté au droit de Mme B à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée en lui refusant le titre de séjour sollicité. Les moyens tirés d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doivent donc être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1,

L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

5. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant des ressortissants algériens, le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas de ceux qui remplissent effectivement les conditions permettant de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, auxquels il envisage de refuser le certificat de résidence algérien sollicité, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ces stipulations.

6. Dès lors qu'il résulte des éléments qui précèdent que Mme B ne remplit pas les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Vienne n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision contestée, de sorte que le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2 et 3 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne aurait, en prononçant la mesure contestée, porté au droit de Mme B à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Vienne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Moreau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière

M. C

if

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