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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400742

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400742

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGAFFET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, Mme C G, représentée par Me Gaffet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cet acte.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- eu égard à sa situation de dépendance par rapport à son fils de nationalité italienne, qui trouve notamment son origine dans l'existence de raisons de santé graves, elle remplissait les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante marocaine née en 1966, Mme G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

2. En premier lieu, M. E F, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision attaquée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : () 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 () ". Aux termes de l'article L. 200-4 de ce code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () / 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ".

4. Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière de la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, que pour qu'un ascendant direct d'un citoyen de l'Union européenne puisse être considéré comme étant " à charge " de celui-ci au sens de l'article 2, point 2, sous c), de cette directive, l'existence d'une situation de dépendance réelle doit être établie. Cette dépendance résulte d'une situation de fait, caractérisée par la circonstance que le soutien matériel du membre de la famille est assuré par le ressortissant communautaire ayant fait usage de la liberté de circulation ou par son conjoint. Afin de déterminer l'existence d'une telle dépendance, l'Etat membre d'accueil doit apprécier si, eu égard à ses conditions économiques et sociales, l'ascendant direct d'un citoyen de l'Union européenne ne subvient pas à ses besoins essentiels. La nécessité du soutien matériel doit exister dans l'Etat d'origine ou de provenance d'un tel ascendant au moment où il demande à rejoindre ledit citoyen. La preuve de la nécessité d'un soutien matériel peut être faite par tout moyen approprié, alors que le seul engagement de prendre en charge ce même membre de la famille, émanant du ressortissant communautaire ou de son conjoint, peut ne pas être regardé comme établissant l'existence d'une situation de dépendance réelle de celui-ci. Le fait en revanche, qu'un citoyen de l'Union européenne procède régulièrement, pendant une période considérable, au versement d'une somme d'argent à cet ascendant, nécessaire à ce dernier pour subvenir à ses besoins essentiels dans l'Etat d'origine, est de nature à démontrer qu'une situation de dépendance réelle de cet ascendant par rapport audit citoyen existe.

5. D'autre part, selon l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : / () 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ". Aux termes de l'article L. 233-3 de ce code : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2 ".

6. Si Mme G soutient que son fils M. A B, ressortissant italien chez qui elle vit depuis son entrée sur le territoire français le 22 septembre 2023, lui aurait assuré un soutien matériel indispensable eu égard aux sommes d'argent qu'il lui a versées pendant qu'elle vivait au Maroc, elle ne justifie pas de la réalité de ces prétendus versements et ne produit pas d'élément de nature à révéler une situation de dépendance par rapport à son fils. Elle ne peut donc être regardée comme étant ascendant direct à charge de son fils de nationalité italienne au sens du 4° de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, en se bornant à faire état de ce que son état de santé s'est dégradé à compter de l'année 2009 au cours de laquelle elle a été opérée au Maroc pour une lombosciatique et qu'elle souffre d'une pathologie cardiaque justifiant qu'elle ait été convoquée au CHU de Limoges pour une échographie cardiaque en octobre 2024, elle ne démontre pas que son fils de nationalité italienne devrait nécessairement et personnellement s'occuper d'elle pour des raisons de santé graves au sens du 2° de l'article L. 200-5 du même code. Il s'ensuit que Mme G n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions pour obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme G est entrée très récemment sur le territoire français. Si elle se prévaut de la présence en France de son fils de nationalité italienne, chez qui elle vit, elle ne justifie pas qu'avant son entrée sur le territoire français, elle aurait eu avec ce citoyen de l'Union, qui est majeur et autonome, des liens anciens et intenses. Également, comme il a été indiqué au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G serait dans une situation de dépendance par rapport à son fils ou que ce dernier devrait nécessairement et personnellement s'occuper d'elle en raison de son état de santé. Ne justifiant pas d'une intégration particulière en France, Mme G n'établit pas être dépourvue d'attaches au Maroc, où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, Mme G n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été indiqué aux points 2 à 8, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision faisant obligation à Mme G de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme G tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Gaffet.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Normand, président,

M. Martha, premier conseiller,

M. Boschet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BOSCHET

Le président,

N. NORMAND La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef,

La Greffière,

M. D

mf

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