mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400753 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MALABRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 26 avril et 6 juin 2024, M. B C, représenté par Me Malabre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou, à défaut, d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cette décision du 4 avril 2024 a été prise par une autorité incompétente ;
- cette décision du 4 avril 2024 est insuffisamment motivée ;
- cette décision du 4 avril 2024 méconnait les stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il est le père d'un enfant français et qu'il subvient à ses besoins et à ceux de sa famille ;
- cette décision du 4 avril 2024 méconnaît l'autorité de chose jugée qui s'attache au jugement du 4 novembre 2021 par lequel le tribunal avait expressément écarté que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public ;
- cette décision du 4 avril 2024 méconnait les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- cette décision du 4 avril 2024 méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- cette décision du 4 avril 2024 méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- s'agissant de l'injonction, il est fondé, à titre principal, à demander la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans en application du g) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, à titre subsidiaire, à demander la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de validité d'un an.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boschet,
- les observations de Me Malabre, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 18 juillet 1997, M. C déclare être entré en France en 2014. Par des arrêtés des 24 décembre 2015, 27 juin 2017, 17 janvier 2020 et 23 juillet 2021, il a fait l'objet de décisions lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence, l'obligeant à quitter le territoire français et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français. Le 7 avril 2023, à la suite de la naissance le 8 mars 2023 de son fils A, de nationalité française, il a demandé la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'un enfant français. Par une décision 4 avril 2024, prise après que la commission du titre de séjour ait émis un avis favorable à la délivrance du certificat de résidence le 28 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Aux termes de l'article 372 du même code : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale () ". Aux termes de l'article 373 de ce code : " Est privé de l'exercice de l'autorité parentale le père ou la mère qui est hors d'état de manifester sa volonté, en raison de son incapacité, de son absence ou de toute autre cause. ". Aux termes de l'article 373-1 du même code : " Si l'un des père et mère décède ou se trouve privé de l'exercice de l'autorité parentale, l'autre exerce seul cette autorité, à moins qu'il en ait été privé par une décision judiciaire antérieure ".
3. Il résulte des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien que lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant antérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien à la condition, alternative, qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Il résulte également de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice, même partiel, de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Enfin, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'enfant Ilyès, né le 8 mars 2023 à Saint-Junien, dont la mère est une ressortissante française, est, en application des dispositions précitées de l'article 18 du code civil, de nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier que, le 29 décembre 2022, soit trois mois avant la naissance de l'enfant, M. C l'a reconnu. En vertu des dispositions précitées de l'article 372 du code civil, et du fait de cette reconnaissance avant la naissance de l'enfant, M. C dispose de l'autorité parentale sur son enfant français. Ainsi, et en l'absence d'éléments établissant qu'à la date de sa décision de refus de certificat de résidence algérien en litige, l'exercice de l'autorité parentale aurait été retiré à M. C, que ce soit sur le fondement des articles 373 et 373-1 précités du code civil ou sur un autre fondement, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, lui refuser la délivrance du certificat de résidence sollicité sur le fondement du 4°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien au motif qu'il ne démontrerait pas sa réelle implication dans l'entretien et l'éducation de son enfant.
5. D'autre part, si le préfet de la Haute-Vienne s'est également fondé sur la circonstance que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 15 février 2018 à trois mois d'emprisonnement pour évasion, et le 20 avril 2018 à quinze jours d'emprisonnement pour soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite à la frontière. Ces faits anciens ne caractérisent pas une menace à l'ordre public de nature à justifier le refus de délivrance du certificat de résidence algérien d'un an. En outre, si le préfet se prévaut encore des mentions figurant sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires concernant M. C, ces faits, au demeurant anciens, sont contestés par le requérant. Dans ces conditions, en estimant que la présence en France de l'intéressé était susceptible de constituer une menace à l'ordre public, le préfet de la Haute-Vienne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Contrairement à ce que soutient M. C, l'annulation de la décision du 4 avril 2024 n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans en application du g) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En revanche, compte tenu des motifs d'annulation retenus, cette annulation implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Malabre, avocat de M. C, de la somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 avril 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C est annulée.
Article 2 : Sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait, il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. C un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " valable pour une durée d'un an.
Article 3 : L'Etat versera à Me Malabre une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Ce jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Malabre.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Boschet, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
J.B. BOSCHET
Le président,
F.J. REVELLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. D
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026