Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400772

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges a été saisi par Mme C, une ressortissante ivoirienne demandant l’asile, pour contester la décision du 19 avril 2024 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) avait cessé ses conditions matérielles d’accueil, motif pris de son placement en fuite dans le cadre d’une procédure Dublin. La requérante soutenait notamment ne pas avoir été informée personnellement de la date de son transfert vers la Belgique et que les autorités n’avaient pas assuré son préacheminement. Le tribunal a constaté que l’Ofii avait rétabli Mme C dans ses droits dès le 31 mai 2024, y compris l’hébergement et l’allocation pour demandeur d’asile, rendant sans objet les conclusions en annulation et injonction. Il a donc prononcé un non-lieu à statuer sur ces demandes, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2024 et le 7 août 2024, Mme A C, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 avril 2024, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a notifié la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil en ce compris un hébergement pour demandeur d'asile depuis le 19 avril 2024 et dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est illégale dès lors que son placement en fuite qui en constitue la motivation est illégale en droit et en fait ;

- la notion de fuite que le Conseil d'Etat définit comme " la soustraction systématique et intentionnelle à la mesure de transfert " ne peut lui être appliquée alors que d'une part, elle n'a pas été personnellement informée de la date de son vol vers la Belgique uniquement adressé 48 heures avant au gestionnaire de la structure hébergement où elle est accueillie et d'autre part qu'il appartenait aux services de l'Etat, conformément à l'article 30 du Règlement Dublin III, d'assurer son préacheminement jusqu'à l'aéroport de Bordeaux distant d'environ 250 kilomètres de son lieu d'hébergement ;

- aucun manquement aux exigences des autorités de l'asile ne peut lui être reprochée alors qu'elle s'est systématiquement rendue aux entretiens du pôle régional Dublin de la préfecture de la Gironde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu à statuer dès lors que la requérante a été rétablie dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès le 31 mai 2024 ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Toulouse, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, a déposé une demande d'asile le 9 août 2023 auprès de la préfecture de la Haute-Vienne. Elle a été placée en procédure Dublin en raison d'un visa délivré par les autorités belges lesquelles ont explicitement accepté sa prise en charge, le 11 septembre 2023. Par une décision du 29 septembre 2023, le préfet de la Gironde a prononcé le transfert de la requérante auprès des autorités belges. Le 8 mars 2024, les services préfectoraux ont adressé un courrier à l'association Le Roc, gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile accueillant la requérante, afin de leur signifier que son transfert devait avoir lieu le 11 mars 2024 à 6h35 à l'aéroport de Bordeaux. Mme C ne s'est pas rendue à l'aéroport. Par un courrier du 19 avril 2024 dont elle demande l'annulation, l'Ofii l'a informée de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une ordonnance du 29 mai 2024, le juge des référés a suspendu cette décision et a enjoint à l'Ofii de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures.

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'Ofii justifie avoir rétabli Mme C dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil dès le 31 mai 2024, en lui mettant notamment à disposition un hébergement auprès de l'association " Le Roc ", conformément au délai de 48 heures fixé par le juge des référés dans son ordonnance du 29 mai 2024. L'office précise également s'agissant de l'allocation pour demandeur d'asile que la requérante l'a recouvrée dès le 1er juin 2024 et qu'une régularisation rétroactive était en cours pour les sommes dues depuis la coupure de ses droits le 19 avril 2024. Dans ces circonstances, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sont devenues dans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais d'instance :

4. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Ofii la somme réclamée au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Toulouse et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- M. Christophe, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

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